L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, de Rosa Montero

Montero Rosa La ridícula idea de no volver a verte

Chargée d’écrire une préface pour l’extraordinaire journal que Marie Curie a tenu après la mort de Pierre Curie, Rosa Montero s’est vue prise dans un tourbillon de mots. Au fil de son récit du parcours extraordinaire et largement méconnu de cette femme hors normes, elle construit un livre à mi-chemin entre les souvenirs personnels et la mémoire collective, entre l’analyse de notre époque et l’évocation intime. Elle nous parle du dépassement de la douleur, de la perte de l’homme aimé qu’elle vient elle-même de vivre, du deuil, de la reconstruction de soi, des relations entre les hommes et les femmes, de la splendeur du sexe, de la bonne mort et de la belle vie, de la science et de l’ignorance, de la force salvatrice de la littérature et de la sagesse de ceux qui apprennent à jouir de l’existence avec plénitude et légèreté. Vivant, libre, original, ce texte étonnant, plein de souvenirs, d’anecdotes et d’amitiés nous plonge dans le plaisir primaire qu’apporte une bonne histoire. Un récit sincère, émouvant, captivant dès ses premières pages. Le lecteur sent, comme toujours avec la vraie littérature, qu’il a été écrit pour lui.

« Rosa Montero aime le risque (…) et elle risque tout pour que nous nous remettions à croire dans les relations entre le langage et la réalité, dans le pouvoir des mots. » Enrique Vila-Matas

Beaucoup de choses justes sont dites sur ce livre avec cette quatrième de couverture. C’est effectivement une préface qui a dévié pour devenir livre à part entière. Des réflexions qui mises bout à bout, finissent par nous présenter une vision de la vie, des relations amoureuses, de la réalisation dans le travail, de la perte de l’être cher, et de bien d’autres sujets encore.

Parmi ces thèmes, l’un m’a particulièrement marquée parce qu’il s’agit pour moi d’un sujet de réflexion récurrent : le féminisme. Ce livre n’est pas féministe à proprement parler : son principal but n’est pas de défendre cette cause. Mais comment ne pas considérer le sujet face à la première femme à avoir décroché un prix Nobel ? A une époque où la majorité des épouses tenaient la maison et s’occupaient des enfants, Madame Curie, comme l’appelle l’autrice Rosa Montero, refuse de renoncer à ses rêves. Elle s’accroche à sa conscience de sa propre valeur pour réussir dans son travail et réaliser sa passion : la recherche pour la science.

C’est effectivement un personnage fascinant que nous décrit Madame Montero. Je ne connaissais pas du tout l’histoire de Marie Curie avant de lire ce livre: une biographie miniature agrémentée de souvenirs personnels de la journaliste. Le format m’a beaucoup plu.

Et ce qui m’a plu plus encore, c’est que j’y ai trouvé des réflexions qui ont fait écho en moi. Notamment sur la question du féminisme, mais pas seulement. Contrairement à ce que j’avais déploré dans un récent article (Les machos expliqués à mon frère) ici on trouve une pensée réfléchie sur le sujet. Les questionnements que soumettent cet ouvrage m’ont paru tous pertinents…

J’ai également été très intéressée par toutes les réflexions sur l’écriture dont nous gratifie Madame Curie. Pour la lectrice compulsive que je suis, il est très instructif d’entr’apercevoir l’autre côté de la barrière, de temps à autres.

En bref: un livre extrêmement intéressant à livre, à l’écriture plaisante et au ton léger… pour parler de sujets qui ne le sont pas.

Quelques citations ou réflexions qui m’ont marquée (que je traduirai un jour prochain quand j’en aurai le temps et la patience) :

Madame Montera glose sur l’utilisation répandue de la radioactivité dans la vie quotidienne, et des effets dévastateurs qu’elle a eu sur la santé de nombreuses personnes… tout en s’ébahissant qu’on ait mis si longtemps à admettre le danger que cette invention merveilleuse représentait. Et de conclure en interrogeant :

« ¿No te inquieta pensar cuál será hoy nuestra radiactividad autorizada, qué sustancias legales nos estarán matando estúpidamente? » (p.105)

Ou lorsqu’elle décrit les difficultés rencontrées par Madame Curie pour faire reconnaître son travail et son talent… Lors de l’obtention du Nobel ou de la candidature à l’Académie des sciences… ou encore les campagnes visant à la présenter comme une femme dangereuse. Madame Montera explique :

« Por supuesto: ya se sabe que la #ambición siempre es sospechosa en una mujer. » (p. 129)

« Simone de Beauvoir llamaba mujeres pelota a aquellas que, tras triunfar con grandes dificultades en la sociedad machista, se prestaban a ser utilizadas pour esa misma sociedad para reforzar la discriminación ; y así, su imagen era rebotada contra las demás mujeres con el siguiente mensaje : « ¿Veis? Ella ha triunfado porque vale; si vosotras no le conseguís no es por impedimentos sexistas, sino porque no valéis lo suficiente. » (p. 95-96)

« En la biografía que escribió sobre Pierre, Marie se enorgullece, con razón, de la complicidad e igualdad científica e intelectual que tenía con su marido : « nuestra convivencia era muy estrecha; compartíamos los mismos intereses; el estudio teóricos; los experimentos laboratorio; la preparación de las clases y los exámenes. » Pero justo al lado, sin darse cuenta de lo que dice , escribe : « nuestros recursos era muy limitados, así que yo debía de encargarme de la casa, además de cocinar. » O sea, lo compartían todo menos el trabajo doméstico. Qué días tan agotadores los de Madame Curie : además de llevar el hogar, estaba haciendo un trabajo de investigación sobre las propiedades magnéticas del acero que le habían ofrecido por unos pocos francos (necesitaban el dinero). Por añadiduras, se puso a estudiar oposiciones para poder dar clases en la enseñanza secundaria, también por razones económicas. Y por todas las noches asistía a clases para poder entender mejor el trabajo de Pierre (alucinante). Todo esto, que ya era bastante, empeoró en 1897 cuando Marie se quedó encinta de Irène. Al parecer pasó un embarazo horrible plagado de náuseas, aunque, siempre voluntariosa, intentara olvidar su estado y trabajar como si nada hubiera cambiado. Pero en septiembre, cuando nació su hija, las cosas alcanzaron el punto más caótico : « Marie se encontró con que tenía que hacer frente a una gran cantidad de trabajo y atender al mismo tiempo a la niña. Este importante problema se ha pasado por alto o se ha minimizado en muchas biografías de Curie. », dice con toda razón Barbara Goldsmith en su magnífico libro sobre Marie. Sin duda: tengo amigas que son jóvenes profesionales , con mejores condiciones económicas, con ayuda domestica y sin la #culpabilidad que debía de experimentar Marie (o al menos no tanta), y las he visto casi enloquecer en los meses después de haber parido. Madame Carue tenía que volver a casa cada tanto para amamantar al bebé (p. 95).

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