Six of Crows, de Leigh Bardugo

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Ketterdam : une ville grouillante de malfrats où tout s’achète si on y met le prix. Ce principe, personne ne l’a fait autant sien que Kaz Bekker, dit « les Mains Sales ». Quand le voleur se voit offrir une mission impossible mais qui le rendra riche, il réunit son équipe : un soldat assoiffé de vengeance, un tireur d’élite accro au jeu, un jeune fugueur des beaux quartiers, une espionne défiant les lois de la gravité, et une Grisha aux puissants pouvoirs magiques. Six dangereux hors-la-loi seuls capables de sauver le monde – s’ils ne s’entretuent pas avant…

Atmosphère sulfureuse à souhait, on sent le souffle putride d’un port délabré dès l’ouverture du livre…

Les personnages sont de gros durs endurcis, des truands qui courent les rues, arnaquent les pigeons avec un art consommé et trichent aux cartes pour remporter les sommes les plus folles – ou se faire virer à coups de pompe dans le train.

L’atmosphère steampunk est un peu désarmante, parce qu’on est loin de l’esthétique à rivets dorés majoritairement décrite. Ici, rien que de la crasse et la misère. Pas de belles robes élégantes ou d’inventions léchées. Ajoutez à cela une magie tout aussi difficile à saisir. Loin d’être un signe de prestige ou de puissance, tous ceux qui la détiennent sont des esclaves en puissance. Les rafles sont courantes, et même libres, ils sont placés sous « contrat de travail », c’est à dire qu’ils sont retenus en servitude et accumulent les dettes au lieu de se rapprocher de la liberté. Ça change des castes élitistes de magiciens tout-puissants que l’on trouve souvent dans les livres fantastiques.

C’est un début très auspicieux, encore relevé par la mission impossible qui est confiée à nos voyous. L’action est rythmée, et les secrets des personnages nous gluent aux pages qui défilent rapidement. Les révélations arrivent petit à petit, savamment dosées pour entretenir l’intérêt du lecteur.

J’aurais tout de même un bémol, qui m’a pas mal déçue sur le coup : le tournant romantique pris par les relations de certains personnages. On nous explique pendant plusieurs dizaines de pages à quel point les protagonistes sont endurcis et sans cœur, mais ils cèdent aux sirènes de l’amour dès que les bonnes circonstances sont réunies. Ça fait retomber le chou à la crème de manière un peu brutale, parce qu’on revient à quelque chose de convenu. L’histoire perd ainsi en originalité.

En bref : un ocean’s ten/eleven/twelve à la sauce steampunk très réussi. Malheureusement, la pincée romantique que l’auteur s’est sentie obligée de rajouter, fait perdre en originalité et en cohérence le caractère des personnages.

Mention spéciale pour la couverture qui fait de ce roman un très bel objet-livre !

Edit : l’auteur étant apparemment israélo-américaine, c’est une étape de plus dans mon challenge tour du monde !

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Une Étude en Soie, d’Emma Jane Holloway

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Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes, s’apprête à vivre sa première saison dans la haute société londonienne. Mais quand de terribles meurtres secouent le manoir de son amie et hôte, la jeune femme se retrouve plongée au cœur d’un complot remettant en question le monopole des barons de la vapeur sur la ville. Une enquête à hauts risques. D’autant qu’Evelina cache un dangereux secret et qu’elle ignore auquel de ses compagnons elle peut vraiment se fier : le beau et brillant aristocrate débauché qui fait battre son cœur ou son meilleur ami forain, qui ferait n’importe quoi pour elle.

Livre emprunté sur un coup de tête. Il faut dire que l’objet est magnifique : la couverture est décorée d’arabesques dorées dans le plus pur style XIXe. Les tons pourpres et violets se marient à la perfection avec ces motifs. Très classe, mais pas trop kitsch.

Malheureusement, la première centaine de pages a suffi à me faire déchanter. Tout m’a paru très plat, à commencer par le personnage principal.

Evelina est une jeune fille originale… Sur le papier. Elle est passionnée de mécanique, et a grandi dans un cirque. Deux caractéristiques qui devraient l’éloigner des autres jeunes filles de bonne famille. Et pourtant… Rien de ce passé ou de cette passion ne se retrouve dans son caractère – hormis quelques mentions répétitives et qui tombent comme un cheveu sur la soupe, se bornant à réexposer les mêmes informations, encore et encore. L’héroïne paraît donc sans relief, sans saveur.

C’est aussi valable pour l’univers steampunk créé par Emma Jane Holloway. L’idée de base, l’objet de toutes les recherches et de toutes les spéculations est certes très intéressant : il s’agit de mêler magie et technologie. Une chimère qui n’a été réalisée qu’une fois, en des temps immémoriaux. Pourtant, notre jeune Evelina, sans apprentissage magique ou mécanique, y parvient aisément. Et Mme Holloway ne daigne pas nous expliquer comment. Peut-être ce point est-il destiné à être développé dans d’autres tomes ?

Il y a malgré toutes mes aigres remarques quelques aspects de ce livre qui m’ont plus : j’ai beaucoup aimé l’intrigue politique liée aux Barons de la Vapeur. Ces industriels sans scrupule ont la mainmise sur toutes les sources d’énergie disponibles, et empêchent toute recherche sur de nouvelles énergies. Une problématique qui résonne de manière très particulière à mes oreilles, notre monde étant actuellement enfumé par les vapeurs d’essence…

J’ai aussi bien aimé les personnages secondaires, Tobias et Imogène – cette dernière ayant ma préférence. C’est le seul personnage qui ait réussi à m’arracher un rire. Tobias est aussi mignon à sa manière, et l’intrigue de cœur qu’il introduit dans l’histoire m’a fait sourire à plusieurs reprises. Mais je n’ai pas du tout aimé le retournement de situation de la toute fin du roman, j’ai trouvé qu’il ne collait pas à son caractère.

Les histoires de cœur sont d’ailleurs la principale incohérence du récit. Dans une Angleterre qui de loin en loin, est décrite comme caractérisée par son standard de bonne mœurs, et connue pour son caractère conservateur, comment expliquer que de respectables demoiselles comme Evelina ou Imogène réussissent à s’isoler plusieurs fois avec leurs soupirants sans aucun chaperon, et même à les embrasser ?

Il faut enfin que je mentionne les quelques coquilles et fautes d’orthographes qui se sont glissées dans le récit, certaines tournures m’ayant paru pauvrement choisies. Je ne les aurai probablement pas remarquées si j’avais été plus enthousiasmée par l’intrigue…

En bref : une belle déception, même si le roman n’est pas dénué de qualités. J’en attendais malheureusement beaucoup trop. Il faut néanmoins noter l’originalité de la steampunk, avec la problématique de l’articulation de la magie et de la technologie, qui pourrait donner des développements intéressants dans les tomes à venir. A relever également, les Barons de la Vapeurs, si menaçants et puissants qu’ils donnent le frisson.

Le Protectorat de l’ombrelle, Gail Carriger

Formidable saga ! Un gros coup de cœur général pour l’ensemble ! J’ai adoré les personnages, la mythologie et le style qui habite Le Protectorat de l’Ombrelle. Sans oublier les péripéties riches en rebondissements, tout à fait enthousiasmantes.

Malheureusement, ma gloutonnerie irrépressible m’a poussée à me goinfrer et dévorer les 4 derniers tomes en deux jours. Que voulez-vous, je ne sais pas résister aux bons livres.

Je recommande chaudement cette saga aux affictionados de fantastique. La touche de steampunk apporte un exotisme bienvenu à cette excellente série.

Le développement des personnages et de leur compréhension de leur monde entraine son lot de révélations, au fur et à mesure des tomes. J’avoue que les explications techniques et éthériques me sont souvent passées au-dessus de la tête. Surtout pour cause de fatigue, et de trop grand nombre de pages lues en trop peu de temps.

Mais il fallait que je finisse ces livres le plus rapidement possible ! La dépendance créée était tout simplement trop grande pour que je puisse y résister…

La fin est à la hauteur du reste de la saga, une belle fin tout à fait satisfaisante. Elle clôt admirablement cinq tomes de rebondissements agités.

Un livre sur la fille d’Alexia, Prudence, a été publié aux Etats-Unis.

Ma chronique détaillée sur le premier tome de la saga.

Sans Âme, Le Protectorat de l’Ombrelle

Gail Carriger 1 Sans Âme`

Gros coup de cœur à l’horizon !

Ce premier tome est un sans-faute. Il nous plonge dans une Angleterre victorienne, au comble de l’élégance et du snobisme, où l’étiquette et les convenances sont tout. Mademoiselle Alexia Tarabotti est pourtant loin de coller aux clichés de son époque. Vieille fille de bonne famille, elle est aussi une paranormale qui a le pouvoir de neutraliser les êtres surnaturels d’un simple toucher. Guindée et n’ayant pas la langue dans sa poche, elle ne peut s’empêcher de se mêler des affaires du BUR, le Bureau du registre des non-naturels. Mademoiselle Tarabotti se retrouve ainsi dans des situations pour le moins intéressantes.

Toute femme qui accueille une attaque de vampire en s’indignant « Mais enfin ! Nous n’avons même pas été présentés » ne peut que s’attirer mon estime. Mademoiselle Tarabotti a beau être du dernier chic, elle a un cerveau et des tripes. Malgré le danger, elle se mêle à la société surnaturelle pour résoudre une enquête des plus intrigantes.

Entre deux commentaires piquants sur les toilettes de ses vis à vis, elle discute des dernières avancées de la science avec les spécialistes les plus pointus, et administre de grands coups de son ombrelle renforcée d’argent et de chevrotine aux goujats qui manquent aux bonnes manières.

Vous aurez compris, j’ai adoré ce personnage. Ajoutez à ce petit bout de bonne femme un homologue masculin tout aussi intéressant, le comte Maccon, alpha de la meute de loups garous locale, et vous aurez une belle brochette. Tous les autres personnages secondaires, aussi bien humains que non-naturels valent le détour.

En outre, l’ambiance steampunk de cette Angleterre alternative est un régal absolu. Le souci de Mademoiselle Tarabotti des convenances et de la mode se traduit par des descriptions détaillées et pittoresques des tenues de chacun. Son intelligence et sa curiosité donnent lieu à des explications scientifiques des machines modernes, rutilantes de métal et suantes de vapeur blanche.

En bref : un livre d’excellente facture, à l’ambiance et aux personnages absolument savoureux. Un gros coup de cœur, et je ne peux m’empêcher de baver sur le second tome, déjà passé sur le haut de ma PAL (pile à lire, pour les intimes).

NB: la steampunk est une réécriture de la Révolution Industrielle, qui comporte le plus souvent des éléments technologiques pour le moins fantasques. Caractérisée par des descriptions de machines à la fois sophistiquées et improbables, elle confère un cachet de luxe ancien à tous les éléments cuivrés et boisés qui permettent ces progrès scientifiques.

Mon avis sur le reste de la saga.