Le roi Lear, de William Shakespeare

Shakespeare King Lear

Le roi Lear, vieux grognon grincheux, a décidé de prendre sa retraite. Coup de chance : il a trois filles, chacune mariée (ou du moins fiancée) à un gentil gendre parfaitement qualifié pour régner.

Mais comme l’ancêtre adore se faire mousser, il pose une condition avant le partage : le pactole (la plus grosse partie du royaume) ira à celle de ses filles qui l’aime le plus. Et c’est là que tout commence à partir à vau l’eau… Les deux aînées, Goneril et Regan, n’ont aucun souci pour faire des papouilles et des mamours à leur papa chéri. Elles assurent toutes deux l’aimer plus que tout au monde, plus que la vie même ! Mais la benjamine, Cordelia fifille à son papa, ne manie pas aussi bien les mots. C’est même une femme un peu trop honnête pour son propre bien, si vous voyez ce que je veux dire. Lorsqu’elle se borne à déclarer qu’elle aime son père ni plus, ni moins qu’il lui est dû, le vieux barbon, furieux, la chasse brutalement, la déshéritant dans la foulée.

Un incipit auspicieux qui plonge le lecteur au cœur d’une intrigue de Cour, où les complots s’enchevêtrent et les flatteurs règnent en maître (j’attire votre attention sur la rime riche, je suis comme Lear : j’aime me faire mousser).

Difficile de déterminer qui sont les méchants et les gentils – pour autant qu’on puisse distinguer deux camps aussi tranchés dans une pièce de Shakespeare. Les sœurs aînées sont d’une fausseté remarquable, à tapoter la tête de leur père avec dévotion avant de tourner sa volonté en ridicule… En même temps s’il n’était pas aussi sénile, il n’y aurait pas lieu de se moquer de lui… Et la crédule Cordelia n’est pas très fute-fute non plus…

En raison de ces mélanges de défauts et de qualités, les personnages sont très intéressants à suivre. On questionne leurs motivations, leurs paroles. On se demande qui est bien intentionné et qui ne l’est pas. Qui se montrera fidèle ou non, mais surtout on veut savoir comment les excès paternels seront punis. Lorsque les choses se clarifient, les gentils enfin révélés deviennent très attachants, tandis que les méchants sont transcendés dans leur noirceur…

Les retournements de situation sont légion, les enjeux deviennent de plus en plus dramatiques à mesure que la pièce avance… Jusqu’à la bataille, apothéose finale qui tient le lecteur en haleine…

Ces péripéties sont agrémentées d’une atmosphère particulièrement sombre. Bill (« William Shakespeare » paraît si formel que je me permets de l’appeler Bill) n’y va pas avec le dos de la cuillère, en ce qui concerne les épreuves imposées à ses personnages. Mention spéciale pour le pétage de durite du roi Lear. Sa scène de folie est un morceau littéraire incroyable.

En bref : une excellente lecture, avec une histoire pas piquée des hannetons : pleine de suspense et de personnages complexes et intéressants.

Pour une chronique sur une autre pièce de Shakespeare, c’est par ici.

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