Bitterblue, de Kristin Cashore

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J’ai beaucoup aimé ce troisième tome, qui raconte l’histoire d’une Bitterblue enfin parvenue à l’âge adulte. Pour elle, c’est aussi l’âge des prises de conscience et des questions. Après s’être laissée bercer par les conseils de son entourage pendant qu’elle grandissait, elle se décide à assumer son statut de reine. Pourtant, elle le fait de manière très fine. Loin d’être sûre d’elle-même et volontaire, elle considère sa propre personnalité et ses actions avec un recul qui force l’admiration. Bitterblue est assez forte pour assumer son rôle, mais assez sensible pour reconnaître qu’elle n’est pas parfaite. Et sans que cela ne nuise à son autorité, ce qui est remarquable ! Seul petit défaut de ce caractère : je l’ai trouvée bien naïve pour une enfant qui a grandi avec un un monstre manipulateur et sadique pour père. Et vraiment très très naïve pour une jeune femme devenue à 10 ans reine d’un pays en pleine crise !

Autre point positif de ce livre, j’ai beaucoup apprécié le traitement de la problématique de la mémoire. Se souvenir d’évènements traumatiques sans laisser ce souvenir vous détruire est un processus extrêmement complexe, et j’ai été impressionnée par la justesse et la délicatesse avec lesquelles l’auteur, Kristin Cashore, développe cette idée. Le royaume de Monsea doit en effet composer avec sa mémoire altérée par les sortilèges de Leck, faire le bilan de toutes les souffrances qu’il a infligées, et se reconstruire en les laissant dans le passé, sans les oublier pour autant. C’est le point le plus développé de l’histoire, et cette dimension presque psychologique confère au roman une valeur ajoutée absente des deux premiers tomes.

Bitterblue n’est pas encore parfait, loin de là. Certaines choses restent un peu superficielles, comme le traitement des personnages secondaires, ou même celui de Bitterblue sur quelques aspects. De même, je reste un peu sur ma faim sur les questions de révolte contre les rois tyranniques des pays voisins.

Néanmoins, j’ai trouvé ce dernier livre globalement satisfaisant et donc plus réussi que les précédents.

En bref : un livre intéressant, avec une héroïne au caractère attachant, bien trempé et intelligent. Une réflexion très fine sur le travail de constitution de la Mémoire. Mais le tout reste assez moyen en raison du caractère superficiel des autres éléments.

Mon avis sur le premier tome, et le deuxième tome.

Rouge, de Kristin Cashore

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Rouge est le personnage principal du second tome de la saga Graceling. Elle vit dans un immense royaume au bord de la guerre civile. Et c’est un monstre. Il ne s’agit pas d’un jugement moral, mais bien d’une réalité biologique. En tant que fille de monstre, elle en est un elle-même, ce qui signifie que sa beauté coupe le souffle de tous ceux qui l’entourent et lui permet de manipuler leur esprit. Pour cette raison, ainsi que la cruauté de son défunt père, elle est haïe de tous. Mais elle est peut-être aussi la seule à même de sauver son royaume de la ruine…

J’ai eu un peu plus de mal à m’attacher à Rouge qu’à Katsa, héroïne du premier livre. Elle est moins dynamique et plus geignarde que cette dernière. Mais sa vie de monstre humain n’est pas facile et on finit par la comprendre assez bien pour accepter cet aspect d’elle. D’autant qu’elle a aussi beaucoup de qualités, comme par exemple son courage et son intelligence.

J’ai beaucoup apprécié les monstres, qui peuvent être tant des animaux que des humains, même si Rouge est la dernière de son espèce, le dernier monstre humain. Et j’ai aimé voir le lien avec le monde des Graceling se profiler à travers le don de Leck, un enfant réfugié dans le royaume de Dells, après avoir traversé les montagnes par un passage enfoui et secret.

Enfin, j’ai beaucoup aimé le personnage de Brigan, que j’ai trouvé très séduisant. Presque trop beau pour être vrai en fait ; un homme grand, beau et fort, courageux et responsable… Je m’arrête là, mais cette énumération pourrait continuer longtemps.

En bref : un bon deuxième tome, avec de bons éléments. Je reste un peu sur ma faim, car c’est toujours une lecture superficielle. Elle n’est pas assez fouillée à mon goût.

Mon avis sur le premier tome.

Graceling, de Kristin Cashore

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Katsa, héroïne du premier tome de la saga, est la nièce du roi des Middluns, et tueuse officielle de la Cour de par son don Graceling. Elle répugne pourtant à exécuter les ordres cruels du monarque, et petit à petit se rebelle contre ses diktats.

J’ai bien aimé son personnage à la fois désinvolte et profondément humain du fait de sa conscience. Elle se débat contre l’autorité de l’homme qui l’a élevée, son roi. Et malgré toute sa force, tout son talent, elle est impuissante face à lui. Cela la rend intéressante à suivre.

J’ai aussi apprécié les Gracelings en tant que créatures fantastiques, avec toute la diversité et l’incertitude qui les entoure. Rien ne dit quel enfant en deviendra un, ou quel sera son don. La politique semble assez complexe, et j’ai aussi aimé cet aspect, mais à mon grand regret, c’est resté à l’état de promesse alléchante.

C’est mon principal reproche à ce livre : rien n’est assez fouillé, tout reste superficiel. C’est le cas des personnages, avec des caractères sans profondeur. C’est le cas de la politique des royaumes, et de la cruauté des rois, idée cliché peu développée.

C’est vraiment dommage, car tout le potentiel du personnage principal ou de l’idée des Gracelings retombe un peu comme un soufflé.

En bref : des éléments alléchants mais qui malheureusement ne tiennent pas toutes leurs promesses. Je reste toutefois optimiste, et m’en vais voir à quoi ressemble le second tome.

Pour lire un extrait du roman, c’est par ici.

Le mardi sur son 31 #17

Le mardi sur son 31 est un rendez-vous initié par Sophie, sur son blog Les Bavardages de Sophie

Il s’agit de citer un passage de la page 31 du livre que l’on est en train de lire. Une bonne manière de présenter un livre…

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Cette semaine, je vous présente un extrait de Graceling, par Kristin Cashore. Je ne suis pas très impressionnée par ce livre, et même le fait de recopier cet extrait me confirme à quel point je suis peu impressionnée…

Katsa est une jeune fille qui a le don surnaturel de donner la mort à quiconque croise son passage, si elle le décide ainsi. Son oncle, souverain cruel de sa patrie, l’exploite pour terroriser ses sujets. Il vient de l’envoyer rappeler à l’ordre un noble qui n’avait pas respecté un contrat et coupé plus d’arbres que prévu sur les terres royales…

 Katsa se retrouva seule avec le hobereau. Elle le dévisagea. Le teint blême, il semblait prêt à défaillir.

– Asseyez-vous, ordonna-t-elle.

Il se laissa choir sur sa chaise et poussa un gémissement.

– Regardez-moi, dit-elle.

Il jeta un œil furtif sur Katsa puis examina ses mains. C’était un réflexe typique des victimes de Randa. Ils ne parvenaient pas à soutenir le regard de Katsa et surveillaient ses mains avec crainte.

Katsa soupira.

Il ouvrit la bouche, mais seul un croassement en sortit.

– Je n’ai pas entendu, lâcha-t-elle.

Il s’éclaircit la gorge.

– J’ai une famille. J’ai une famille sur qui je dois veiller. Je vous en prie, ne me tuez pas.

– C’est pour le salut de votre famille que vous souhaitez être épargné ?

Une larme roula sur sa barbe.

– Pour le mien aussi. Je ne veux pas mourir.

– Voler trois hectares de forêt au roi ne mérite pas la mort, décréta Katsa. D’autant plus que vous avez consenti à les payer une somme considérable. Non, le châtiment pour ce genre de délit se réduit à l’amputation d’un doigt ou à la fracture d’un bras.

Elle s’approcha de lui et brandit sa dague. Il fixait son repas posé sur un tranchoir tandis que sa respiration s’accélérait. Elle se demandait s’il allait vomir ou sangloter. À sa surprise, il écarta le tranchoir, les couverts et la coupe renversée, puis allongea les bras sur a table, baissa la tête et attendit.

Une vague de lassitude envahit Katsa. Il était facile d’exécuter les ordres du monarque quand un homme pleurait ou la suppliait, offrant ainsi un spectacle qui ne lui inspirait aucun respect. Et Randa se fichait bien de ses forêts. Seuls le pouvoir et l’argent l’intéressaient. En outre, les arbres repoussaient. Les doigts, non.

Elle rengaina sa dague. Il ne lui restait plus qu’à lui briser un bras. Ou une jambe. Ou peut être la clavicule. Mais ses propres membres, soudain lourds comme du polomb, refusaient de se mouvoir.

Le seigneur ne bougeait ni ne parlait. C’était un menteur, un voleur, et un sot.

Katsa ne parvenait pas à s’en indigner.

– Je ne pensais pas que vous étiez aussi courageux, déclara-t-elle.

Puis elle le frappa à la tempe. Il tomba de sa chaise.

Elle quitta la pièce et attendit ses comparses dans le vestibule.