L’Homme Chauve-Souris, par Jo Nesbø

Nesbø Jo Harry Cole 1

Envoyé en Australie par sa hiérarchie soucieuse de l’éloigner d’Oslo, l’inspecteur Harry Hole doit enquêter sur la mort d’une jeune Norvégienne, sauvagement jetée d’une falaise. Ce qui aurait dû n’être qu’une routine diplomatique va se transformer en traque impitoyable au fur et à mesure des meurtres qu’Harry Hole refuse d’ignorer. Autre hémisphère, autres méthodes… Associé à un flic aborigène étrange, bousculé par une culture neuve assise sur une terre ancestrale, Hole, en proie à ses propres démons, va plonger au cœur du bush millénaire. L’Australie pays de démesure, véritable nation en devenir où les contradictions engendrent le fantastique comme l’indicible, lui apportera l’espoir et l’angoisse, l’amour et la mort: la pire des aventures.

Livre lu dans le cadre du Challenge : le tour du monde en 8 ans, pour représenter la Norvège. Choisir un livre se déroulant en Australie pour la Norvège manque certes de logique…

C’était néanmoins un choix génial. J’ai pu découvrir deux pays, deux mentalités pour le prix d’une : L’Australie vue par un Norvégien.

L’Australie m’a fascinée. Elle est présentée par le biais de ses flics, de sa communauté gay, et surtout par le biais des Aborigènes. Les références à cette culture sont nombreuses et riches, on devine une grande recherche. Mais le portrait dressé de cette population est inquiétant, comme c’est souvent le cas pour les Natives américains. Alcool, drogue, chômage, pauvreté, violence, discrimination, sans oublier les abus commis par les Occidentaux: tout cela est décrit sans fard, de manière lucide et crue. Ces choses sont expliquées par les Australiens eux-mêmes – blancs ou aborigènes. Ça ne donne pas grande envie de voyage…

Non, ce qui m’a donné envie de voyager, ce sont les descriptions des paysages norvégiens par le narrateur, l’inspecteur Harry Hole. Elles peignent des panoramas splendides, et on sent un réel attachement de Harry pour son pays, qui est assez touchant.

Une autre grande réussite de ce livre, c’est Harry lui-même. Le topos du polar par excellence, c’est l’inspecteur de police génial mais torturé par son passé. Sans famille, souvent porté sur la bouteille. Profondément humain, mais pas dans ce qu’il y a de beau en l’humanité. Harry est tout cela. Pourtant, l’auteur Jo Nesbø réussit à lui donner de la profondeur qui en fait un personnage attachant et impossible à lâcher. C’est un procédé assez mystérieux, je trouve. Un mélange d’histoire personnelle détaillée, et racontée de manière claire et assumée par Harry lui-même, et de sentiments qu’il assume plutôt que d’être un gros dur à cuire de mâle alpha qui se refuse à reconnaître sa faiblesse. Ses origines norvégiennes rajoutent un petit côté exotique qui n’est pas déplaisant.

Les personnages secondaires sont tout aussi réussis, tout aussi profonds et complexes. De vrais humains – même s’ils ne sont que d’encre et de papier. Je pense notamment à Brigitta, qui m’a énormément plu. J’ai beaucoup aimé le pauvre Joseph aussi, dont l’histoire m’a touchée. Mais il y en a d’autres, bien d’autres…

Enfin, dernière touche à un tableau des plus flatteurs: l’enquête elle-même. Menée de main de maître, à aucun moment elle ne m’a laissé soupçonner l’identité du tueur. Elle recèle une foultitude de retournements de situation qui empêchent purement et simplement de refermer le bouquin. On se dit qu’on va toujours un peu plus loin, pour savoir…

En bref : vous l’aurez compris, ce polar est pour moi un sans faute. Atmosphère, personnages, enquête, tout est réussi. Le roman est prenant, a un rythme soutenu. Je lirai avec grand plaisir d’autres aventures de l’inspecteur Harry Cole.

Post Scriptum : si vous vous baladez sur mon blog, vous l’aurez noté : le polar n’est pas mon genre préféré. C’est même le seul que je refuse de lire par principe. Mais comme j’essaie de garder l’esprit ouvert, de temps à autre, je tente… J’essaie… Pour une fois – peut être pour la première fois ! – l’essai est marqué. J’en redemande. Reste à voir s’il sera transformé!

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