Bonjour tristesse, par Françoise Sagan

Voilà un moment que mon intégrale de Sagan prend la poussière dans ma bibliothèque. J’ai décidé d’une accalmie loin du bruit de Paris – en attendant un prochain confinement – pour me décider à l’en sortir.

Je garde un excellent, quoiqu’imprécis, souvenir de ma lecture du Garde Cœur par cette autrice. J’avais déjà lu l’incipit de son premier roman et j’avais adoré l’atmosphère de chaud soleil de vacances… Quelle mouche m’a piqué de sortir ce livre en plein mois de janvier (oui je suis toujours aussi en retard dans la publication de mes chroniques), je ne saurais dire ! Toujours est-il que je l’ai dévoré.

A mes yeux, ce livre a deux principaux atouts. Le premier réside dans les personnages féminins, dont les personnalités sont creusées et complexes. Le second sert le premier : il s’agit de la finesse d’évocation de l’écriture.

J’ai donc trouvé les personnages remarquables : nous sommes face à un trio de femmes dont les personnalités sont extrêmement et minutieusement creusées. Si cela paraît facile voire légitime pour Cécile et Anne, c’est plus compliqué en ce qui concerne Elsa, décrite comme superficielle. Pourtant, même cette coquille vide a droit à ses propres développements, concernant sa vision des choses et ses idéaux. J’ai beaucoup apprécié de voir des femmes au premier plan de l’histoire. Quoique l’intrigue se cristallise autour des relations de Raymond avec chacune, je trouve qu’au final, elles ne s’opposent pas tant pour l’honneur de ses affections que pour leurs visions opposées du monde, pour leur fierté et leur bonheur respectif. De ce point de vue, malgré le renvoi apparent à la relation de femmes avec un homme, celui-ci reste à l’arrière-plan par rapport à la lutte des trois personnages principaux pour arriver à vivre leur vie comme elles le souhaitent. C’est donc le récit d’un combat pour leur propre bonheur, et j’apprécie beaucoup cet aspect de l’intrigue.

Le second atout est donc la plume de la jeune Françoise Sagan. J’ai trouvé époustouflante sa finesse d’évocation sur les sentiments des personnages et les décors, les sensations physiques tout autant que l’analyse des caractères des protagonistes. Cette finesse d’évocation était mise au service de la narratrice, Cécile. J’ai été à la fois profondément captivée, et gênée, par la justesse de ce personnage. Par ses défauts difficiles à voir retranscrits lorsqu’on a le sentiment de revoir une part de sa propre adolescence, bien que toute l’histoire se passe dans le contexte bien différent qu’étaient les années 50.

En bref : un livre magistral, même si paradoxalement, je ne suis pas sûre de me souvenir des détails longtemps. Je garderai certainement mon éblouissement en mémoire, tant pour les personnages que pour la plume.