Réseau(x) est un thriller qui se déroule dans un monde qui pourrait être le nôtre, où un réseau social bipartite répand les créations des jeunes, des plus belles aux plus cruelles.Sixie trouve dans la partie nocturne du réseau un exutoire pour ses terribles terreurs nocturnes. Elle rêve d’accidents et de meurtres, et parfois ceux-ci finissent par se produire dans la réalité. Bien malgré elle, les images oniriques qu’elle crée à partir de ces terribles expériences attirent l’attention d’un puissant anarchiste, Nada #1, Son Altesse Anarchiste Sérénissime.
Il lui demande de mettre en scène la prochaine annonce des PIFR (Play it For Real), réunion de plusieurs centaines de joueur.ses qui recréent dans de grandes villes des jeux vidéos plus ou moins violents, tirant au paintball au milieu des rues et des passants, cassant tout et échappant à la police malgré tous les efforts pour les appréhender.
Sixie accepte dans l’espoir de lancer sa carrière de réalisatrice et met ainsi le doigt dans un engrenage qui l’emmène bien plus loin que prévu : accusations de terrorisme, évasions, tirs à balles réelles, snuff movies… La voilà embarquée dans une fuite à travers plusieurs pays en essayant d’échapper aux anarchistes comme aux policiers.
J’ai commencé ce livre à sa sortie, voilà plusieurs années… Mais en me rendant compte qu’il ne s’agissait pas d’un livre unique je l’ai mis de côté en attendant la sortie du second opus… Vu le caractère haletant de la partie que j’avais déjà dévorée, je craignais trop le suspense de fin et l’expectative interminable.
Je l’ai repris récemment quand j’ai réussi à emprunter les deux tomes d’un coup. À ma grande surprise, j’avais pas mal de souvenirs de ma précédente lecture, qui remontait pourtant à un bon moment ! Mais Monsieur Villeminot réussit à créer des images époustouflantes, marquantes. L’intrigue fait froid dans le dos, elle est très sombre et les frontières du bien et du mal sont troubles. Qui sont les méchants ? Les policiers, qui arrêtent des gens sans grand rapport avec leur enquête et cherchent des aveux pour leur coller sur le dos de terribles crimes ? Les anarchistes, qui n’ont de respect pour rien ni personne, qui risquent de blesser des innocents, et détruisent le gagne-pain de travailleurs anonymes ? Les étudiants désespérés par l’échec de leur mouvement social et qui menacent de basculer dans la violence ? Ou des personnes lambda, qui postent sur les réseaux des incitations à la brutalité suivies d’effet ?
C’est un appel très fort à la réflexion sur la portée de nos actions, et particulièrement de nos actions en ligne. Ce que l’on poste a des conséquences, et parfois des conséquences dramatiques. Sixie s’en rend compte lorsque ses postes de cauchemar se réalisent et que certains commencent à la harceler pour sorcellerie. La commissaire stagiaire Alice le découvre lorsque des photos intimes confiées à son amoureux se retrouvent malgré elle en première page des réseaux. Jérémy lorsqu’une de ses publications coïncide de manière troublante avec un attentats qu’il est accusé d’avoir organisé. La vie numérique rattrape chacun des protagonistes et finit par avoir des conséquences bien trop réelles sur la vie physique.
J’ai été prise au piège du suspense immense qui fait défiler les pages. C’est comme un écran qui diffuserait un cauchemar, on sent venir des évènements funestes, mais on ne peut pas s’empêcher de continuer à lire, parce qu’on espère, contre toute attente, que les personnages s’en sortiront. Le tome se termine sur une conclusion en demi-teinte. Les grands méchants restent inconnus, mais certains personnages ont réussi à trouver une forme de paix et de sécurité. J’ai hâte de poursuivre cette duologie pour connaître le fin mot de l’histoire.
L’auteur propose également plusieurs titres musicaux pour servir de playlist accompagnant son œuvre. Je ne l’ai découverte qu’à la fin, mais pour le tome suivant je vérifierai avant quelles sont les musiques proposées.
En bref : un livre puissant, pas toujours facile à lire, mais qui me hantera longtemps…
Si vous voulez retrouver la patte de l’auteur, je vous invite à vous jeter sur sa trilogie Instinct, elle aussi très réussie.
