Les Rois maudits tome 1, de Maurice Druon

Druon Maurice Les Rois maudits 1

Philippe IV le Bel, roi d’une beauté légendaire qui règne sur la France en maître absolu. Tout doit s’incliner, plier ou rompre devant l’autorité royale. L’idée nationale rôde dans la tête de ce prince calme et cruel pour qui la raison d’Etat domine toutes les autres…

Sous son règne, la France était grande et les Français malheureux.

Une lecture recommandée il y a des années, par un camarade avec lequel j’ai monté mon TPE (Travaux Personnels Encadrés, vous savez cette épreuve bizarre et/ou enrichissante que l’on doit passer pour le BAC en 1ère )… Bref, apparemment c’était un super livre historique devenu classique à côté duquel je ne devais pas passer !

Et il avait raison ! Je suis tombée immédiatement sous le charme de la plume médiévale de Maurice Druon. A coup de tournures archaïques qu’il réussit à fondre harmonieusement avec son style, il nous plonge dans un passé révolu, crû et magnifique. On s’y croirait, les moindres détails y sont et créent des images d’une grande vivacité et précision.

Ce qui m’a surtout marquée, outre les descriptions d’atmosphères, et de costumes, ce sont surtout les descriptions des coutumes et des personnages. Retrouver les noms familiers qui bercent mes cours d’histoire du droit – gros coup de cœur pour le clin d’œil à la querelle entre Philippe le Bel et Boniface VIII, manifestée par le geste déplacé de Guillaume de Nogaret – est un délice absolu !

Et ces personnages, quels personnages ! Ils sont complexes, leur personnalité a des facettes multiples. A la fois profondément ancrés dans la réalité historique, et qui pourtant deviennent humains par leurs mots et la description des intentions derrières les actes historiques – ou supposés tels. J’ai particulièrement aimé le personnage d’Isabelle, reine modelée par le devoir et la conception de la dignité royale que lui a inculquée son père. Elle est étrangement touchante dans sa froideur, parce qu’elle sent qu’elle passe à côté de la vie, de la passion, de la chance d’être aimée. Et pourtant elle persiste à faire son devoir, même quand c’est dur, et même lorsque ce qui lui paraît nécessaire nous semble affreux, à nous lecteurs du XXIe siècle.

Ajoutons à tous ces points positifs qui suffisent à faire de ce livre un grand, un très grand roman historique, un souffle d’action et de mystère qui lui donnent une pointe de suspense propre à captiver le lecteur.

En bref : une très, très jolie découverte, un superbe roman historique auquel je décerne une mention spéciale « réussite des caractères et de l’atmosphère ». J’ai grand hâte de lire le tome suivant, déjà dans ma PAL !

Outlander tome 5, de Diana Gabaldon

1771. La guerre d’indépendance américaine approche. Claire, exilée au Nouveau Monde, l’a lu dans ses livres d’histoire et Jamie Fraser, son époux, est bien placé pour savoir que ses prédictions se réalisent toujours. Et pour cause… Née au début du XXe siècle, Claire Beauchamp-Randall a servi comme infirmière dans les rangs de l’armée anglaise pendant la Seconde Guerre mondiale avant de se retrouver projetée au cœur des Highlands à une époque – 1743 – où les seuls Anglais présents en Ecosse étaient les soldats et officiers de l’armée du roi Georges. Epouse, mère et chirurgienne, Claire est toujours liée à Jamie, son Highlander, par une folle passion, et a retrouvé sa fille Brianna, qui, elle aussi, a su passer à travers les mailles du temps. Leur bonheur serait donc complet si elle ne savait ce que l’avenir leur réserve : la révolution américaine est en marche, lourde de périls. Quant à Brianna, elle a découvert dans une vieille gazette l’avis de décès d’un James Fraser et d’une Claire Beauchamp, brûlés dans l’explosion de leur maison le 29 janvier 1776. C’est pour cette raison qu’elle a décidé de quitter l’univers des Beatles et du Coca-Cola. Pour tenter, à son tour, de récrire l’avenir…

Cinquième tome de la saga Outlander, entamé avec enthousiasme…

Ce fut une lecture pleine d’évènements, étalée sur plusieurs mois… Laborieuse par certains aspects, parce que j’avais peur d’être prise au piège du sortilège « Gabaldon ». Oui, pour les trois premiers livres, je les avais ouverts puis finis avant d’avoir le temps de dire ouf. Avec le 4e j’avais dû me modérer en raison de diverses péripéties (racontées ici). Cette fois-ci, je me suis fait violence pour ne pas me lancer dans un marathon lecture ! 1400 pages c’est trop long. 800, ou même 1000 ça passe, en trois jours ça peut être bouclé. Mais 1400 pages, c’est au moins 4 jours de lecture, de quoi faire une overdose.

Bref, une fois n’est pas coutume, je ne râlerai pas contre la tomaison française qui divise chaque tome en plusieurs. Ça me paraît même plutôt pertinent… Parce que franchement, 1400 pages, ça tient pas dans mon sac à main.

Mais retournons à nos moutons.

Dans ce tome, on retrouve tous nos personnages préférés, qui creusent leur trou dans l’Amérique du XVIIIe siècle. Les péripéties sont multiples – comment Mme Gabaldon arrive encore à se renouveler après plusieurs milliers de pages, je ne sais pas. Mais ça doit tenir du miracle !

Ces évènements entretiennent l’intérêt, et puis la langue agile de Claire n’est pas piquée des hannetons, c’est un plaisir à lire.

Pourtant, j’ai trouvé que ce tome manquait de trame d’ensemble. On avait l’impression d’une succession de retournements de situation sans direction claire. Cela ne m’aurait pas gênée si le livre avait été plus court (vous l’aurez compris, il fait la modeste taille de 1400 pages). Mais là, j’ai trouvé cela tout de même un peu longuet. Même si, soyons honnêtes : peut-être est-ce en raison de ma lecture hachée.

En bref : un tome un peu longuet, mais qui m’a permis de retrouver des personnages et une plume que j’adore. Je lirai avec plaisir le livre suivant, dès que j’aurai pu mettre la main dessus !

Petit extrait, que je n’ai malheureusement pas eu le temps et la patience de traduire pour l’instant… A mon avis on y retrouve la quintessence de la saga en général et de Claire Beauchamp en particulier. Un régal !

« And so on the third day, faced with the alternatives of a day spent cooped up with three small children in our cramped lodgings, or a repeat visit to the much-diminished remains of the dead whale, I borrowed several buckets from our landlady, Mrs Burns, commissioned a picnic basket, and marshalled my troops for a foraging expedition.

Brianna and Marsali consented to the notion with alacrity, if not enthusiasm.

[…]

As is usual in cases of travel with small children, our departure was somewhat prolonged. Joanie spit up mashed sweet potato down the front of her gown, Jemmy committed a sanitary indiscretion of major proportions, and Germain disappeared during the confusion occasioned by these mishaps. He was discovered, at the conclusion of a half-hour search involving everyone in the street, behind the public livery stable, happily engaged in throwing horse dung at passing carriages and wagons.

Everyone forcibly cleaned, redressed, and – in Germains’ case – threatened with death and dismemberment, we descended the stairs again, to find that the landlord, Mr Burns, had helpfully dug out an old goat-cart, with which he kindly presented us. The goat, however, was employed in eating nettles in the next-door garden, and declined to be caught. After a quarter of an hour’s heated pursuit, Brianna declared that she would prefer to pull the cart herself, rather than spend any longer playing ring-around-the-rosy with a goat. »

(p.1317-1318)

Le Charbon et le Tartan (tome 1)

Le Talisman (tome 2)

Le Voyage (tome 3)

Les Tambours de l’Automne (tome 4)

L’île sous la mer, d’Isabel Allende

Allende Isabel La Isla bajo el mar

Pour une esclave de la fin du XVIIIème siècle à Saint Domingue, Zarité est née sous une bonne étoile. Vendue à neuf ans à Toulouse Valmorain, elle ne connaît pas l’enfer des plantations ou des fabriques, mais demeure une esclave privilégiée : une esclave domestique. Si cela rend sa vie plus supportable, cela ne la met pas à l’abris des maux qui affligent les siens. Elle doit subir les affronts, impuissante, et assiste à la montée de la révolte.

Ce livre est une « ode à la liberté », ainsi que le précise la quatrième de couverture. Il décrit des évènements historiques, trop souvent mal connus alors qu’ils concernent au premier chef la France et son passé esclavagiste. Tout cela à travers l’histoire d’une esclave, parmi les millions ayant souffert un sort similaire, Zarité.

C’est fait à la manière d’une fresque. On suit d’abord un personnage, puis un autre, dont le point commun est qu’ils croisent le chemin de Zarité, et qu’ils auront une influence sur son destin. Le tableau de société est ainsi complet. On apprend à connaître chacun d’eux, ils seront une quinzaine. On les voit interagir, et Tété, en retrait, les observe.

Puis la narration est interrompue par un monologue intérieur du personnage principal. Zarité révèle des évènements qui l’ont touchée de près, mais qui sont restés dans l’ombre. Elle le fait de manière apaisée, sans colère, mais sans rien cacher de sa douleur non plus. Car ces petites choses qu’elle raconte en peu de phrases, ce sont les horreurs que lui impose son statut d’esclave. Des choses que les blancs ne remarquent même pas, des cruautés dont ils n’ont pas conscience… Ces monologues sont donc extrêmement marquants et poignants. Ils apportent un contre-point à la narration, qui ne dévoile que les émotions exposées au grand jour.

La phrase « c’est ainsi que ça s’est passé » scande ces intermèdes, comme si l’esclave à qui on a si souvent dénié la parole, et la possibilité d’exprimer ses sentiments, tient à rétablir la vérité.

Outre cette superbe galerie de personnages, et ce récit qui incite à la prise de conscience sur les horreurs de cette époque, j’ai aussi énormément apprécié le tableau des lieux et du temps.

C’est un livre engagé ; on sent une profonde envie de forcer les Occidentaux à faire face aux horreurs du passé, à mettre le nez dans les aspects les moins reluisants de leur histoire. On connaît les dizaines de livres qui existent sur la Shoah, les récits poignants des survivants. Mais on connaît nettement moins le calvaire subi par les Noirs sous l’esclavagisme, un phénomène qui pourtant n’est pas de moindre ampleur.

J’ai adoré vivre avec chacun des personnages, suivre leur évolution et les voir mener leur vie comme ils le peuvent, avec toutes les restrictions et les souffrances que leur causent l’esclavage, chacun à sa mesure. Depuis la belle mulâtre dont la seule carrière possible est celle de prostituée de luxe, jusqu’au médecin blanc qui ne peut vivre au grand jour avec la femme qu’il aime et ses enfants, parce qu’ils sont noirs, tous souffrent d’une manière différente du destin que leur imposent les circonstances et la sociétés.

Pourtant, malgré tout cela, ce livre ne verse jamais dans la victimisation ou le pathos excessif. Le récit est fait avec finesse, et bien plus dans le sous-entendu que dans la revendication.

Quant au niveau de langue espagnol, je n’ai eu aucun problème à suivre le déroulement de l’histoire. Certaines phrases me sont un peu passées au-dessus de la tête, mais jamais assez pour que je sois perdue à aucun moment. Une excellente expérience, donc !

En bref : un coup de cœur pour ce livre magnifique que je recommande chaudement. On apprend énormément sur les circonstances historiques tout en suivant avec plaisir une galerie colorée de personnages. La fresque qui se dégage de ces histoires entremêlées est magistrale.

Lavinia, par Ursula K. Le Guin

le-guin-ursula-lavinia

Lavinia est la fille unique du roi Latinus. Arrivée en âge de se marier, elle est courtisée par de nombreux prétendants, bien plus intéressés par le royaume de son père que par la timide héritière. Mais Lavinia n’est pas qu’une offrande nuptiale, elle a du caractère et des idées, voire des idéaux. Elle nous les fait partager en nous immergeant dans son monde : l’Italie antique.

L’intrigue se déroule alors que Rome n’est encore qu’un village sans importance, qui n’a pas encore trouvé son nom. Lavinia, en tant que fille de roi, a pour devoir de participer à toutes les cérémonies religieuses. Sa vie est donc rythmée par les sacrifices, les jeûnes et les prières. Elle prend tout ceci très à cœur et c’est ainsi qu’un jour elle aperçoit une ombre… Celui qu’elle appelle « son poète », Virgile. Celui-ci, sur son lit de mort, loin dans le futur, lui parle de sa grande œuvre et de son héros. Enée est destiné à devenir le mari de Lavinia.

S’ensuit alors le récit d’un « après » l’Enéide, raconté par une femme. N’ayant pas encore lu l’épopée du Troyen, je ne saurais donner davantage de détails à ce propos, mais je peux dire que le livre ainsi formé est d’une grande qualité.

L’auteur écrit très bien, ce qui est assez rare, en ce qui concerne les livres estampillés « fantastiques », pour être souligné. Ses mots, précis, ont une sonorité très agréable qui tisse un monde à part. Ursula K. Leguin ne se contente pas de créer une fresque historique, en s’appuyant sur des faits « établis » par Virgile. Elle leur donne corps, en retranscrivant les mentalités de manière impressionnante. Son récit est ainsi émaillé de concepts que les latinistes retrouveront avec plaisir, tels que le fas et le nefas, la virtus et le rôle du vates… Des mots intraduisibles tels quels en Français, mais qu’Ursula K. Leguin parvient à expliquer en subtilité.

A toute cette vraisemblance s’ajoute le personnage principal, Lavinia, qui est d’une complexité, d’une subtilité remarquable. Femme, à une époque où leur rôle est limité, elle « refuse d’être prise », comme le dit la quatrième de couverture. Elle choisit son destin, elle choisit de suivre la voie que lui a indiquée son poète. Mais elle ne le fait pas par égoïsme : elle le fait parce que c’est fas, c’est le juste chemin. Profondément pieuse, elle a à cœur de protéger la paix, de protéger son royaume, et plus tard son fils. Mais elle est aussi craintive, une enfant blessée par le rejet de sa mère, une femme outragée par le peu de cas que font certains hommes d’elle. Apte à la colère, elle a parfois bien du mal à refreiner ses passions. Qualités et défauts, c’est un splendide personnage.

En bref : un petit coup de cœur, qui me marquera longtemps. Un livre de très grande qualité, tant pour la forme que pour le fonds ; écriture, vraisemblance et personnage. Les amateurs de l’Antiquité en seront ravis, les autres découvriront avec je l’espère beaucoup de plaisir toutes ces coutumes d’un autre monde…