La Reine étranglée, par Maurice Druon

La prophétie que Jacques de Molay, grand maître de l’Ordre des templiers, hurla lors de son exécution sur le bûcher semble se réaliser. Philippe le Bel est mort avant la fin de cette même année. Son fils aîné lui succède. Louis X dit Le Hutin, prince au caractère faible et de constitution maladive, marié à Marguerite de Bourgogne emprisonnée pour adultère, accède au trône.

La Cour, libérée de la tutelle de son ancien maître, devient un vaste champ d’intrigues, de complots et de rivalités pour prendre la direction des affaires que le roi est incapable de contrôler. En effet, sa seule préoccupation est de faire élire un nouveau pape, ce qui lui permettrait d’annuler son mariage et ainsi de trouver une nouvelle épouse pour donner un héritier à la couronne de France. Tout ce que la force et la volonté de son père avait imposé pour moderniser la royauté et faire la grandeur du pays est abattu. Prélats, barons et banquiers se disputent le pouvoir, tandis que le peuple sombre dans la misère qu’aggrave un hiver rude et une famine sans précédent. Gouverner est devenu impossible.

J’ai commencé cette lecture il y a plus d’un an, mais ne l’ai jamais achevée par manque de temps et par épuisement chronique. La frénésie de lecture audio qui m’a prise il y a peu me permet de remédier aujourd’hui à cette situation inacceptable.

Oui, situation inacceptable, car ce deuxième tome est tout aussi génial que le premier.

Il m’a replongé dans ce moyen-âge si bien décrit, riche du Français à consonances anciennes de M. Druon. C’est si bien fait qu’on en vient à frissonner de froid ou de terreur avec les personnages, qu’on se surprend à utiliser des locutions antiques dans la vie de tous les jours. La voix de François Berland interprète à merveille les personnages, les accents, l’intonation. Si sa prononciation m’a de prime abord un peu agacée, pour ses circonvolutions et allongements de syllabes, finalement, elle s’adapte assez bien aux personnages nobles auxquels il donne tour à tour la parole.

Dans ce tome, les personnages évoluent tous peu à peu. Ils se révèlent dans leur entièreté, leurs défauts ou leurs qualités. Le pauvre Louis X est bien mal en point, propulsé à la tête d’un royaume qu’il ne saurait gérer. Les méchantes manœuvres de Valois & Artois sont passionnantes à suivre, on se demande jusqu’où ils vont aller dans l’absurdité et la poursuite de leurs intérêts privés. J’ai bien aimé aussi Philippe de Poitiers, qui se révèle le digne fils de son père.

Mais la palme revient au Lombard Guccio, ce jeune qui prend des responsabilités, mûrit et garde un cœur d’or. Le fait qu’il vive une histoire d’amour n’y est pas pour rien, j’ai aimé sa sensibilité. J’ai aussi aimé ses rêves de grandeur et d’aventure, qui le rendent attachants. Mais en plus de tout cela, c’est un dégourdi qui fait avancer l’histoire.

Alors qu’il a été envoyé pour escorter l’ex-chambellan de la Cour de France, Bouville, afin de trouver femme au roi & faire élire un pape pour annuler son précédent mariage, c’est finalement lui qui prend tout en main. J’ai beaucoup ri à la description de la chasse aux cardinaux (la cazza ai cardinali), rendue nécessaires par les manœuvres du ministre disgracié Marigny, afin de faire réunir le conclave et négocier pour désigner le futur porteur de tiare pontificale.

En bref : une excellente lecture, dépaysante à souhait, et qui complète avec bonheur ma connaissance de l’histoire de France.