Montrez-moi ces seins, par Emma

 

Emma Montrez moi ces seins

Aujourd’hui, je veux vous parler d’une petite histoire que j’ai lue sur facebook… J’ai découvert Emma pour sa BD sur la charge mentale que subissent les femmes dans la répartition des tâches ménagères.

En navigant un peu sur sa page, je suis tombée sur une petite histoire, une historiette… Emma a mis en image le texte d’Ariane Papillon. Le sujet est a priori assez anodin ; il s’agit de l’adaptation à un nouveau pays, l’accueil par ses habitants, les différences de mœurs… Un sujet qui me touche particulièrement puisque j’ai vécu un an à l’étranger.

Et puis les choses dérivent un peu. Cela parle de l’appartenance à une culture étrangère, la revendication d’une tradition qui est perçue comme asservissant les femmes : le fait de couvrir ses seins en public. Au Maristan en effet, il fait tellement chaud qu’il est parfaitement accepté que femmes et hommes vivent poitrine à l’air. On apprend aux petites filles qu’elles n’ont pas à avoir honte de leurs seins, qu’elles doivent se sentir parfaitement libres dans leur corps et leur esprit.

Une ouverture et une tolérance formidables, qui impressionnent beaucoup la narratrice, immigrée française ayant fui son pays d’origine. Elle-même n’arrive pas à se défaire de son soutien-gorge, elle se sent trop pudique pour cela. Ses voisins maristanais ne la comprennent pas tout à fait, ils la trouvent bizarre.

Mais comment la fille de notre Française prendra-t-elle position sur le sujet ? Entre revendication identitaire française, et éducation libre maristanaise, il vous faudra lire l’historiette d’Emma pour le découvrir…

En ce qui me concerne, j’ai mis longtemps à comprendre où l’auteur voulait en venir. J’ai été particulièrement lente à la comprenette, je l’admets, mais c’est vrai que je ne m’attendais pas à voir le sujet apparent de la BD être insensiblement mis de côté. Ce que je prenais pour une histoire sur l’ouverture d’esprit à l’étranger, le fait de vivre dans un autre pays en s’adaptant mais aussi en conservant sa culture, dresse des parallèles dérangeants.

J’emploie à dessein le mot très fort qu’est « dérangeant ». Emma a mis des mots et des images sur des réflexions qui me venaient déjà, mais vis-à-vis desquelles je n’arrivais pas à prendre position. La dessinatrice compare, sans coup férir, notre soutien-gorge (symbole d’émancipation de la femme, qui lui permet une plus grande liberté de mouvement… tout en remodelant sa poitrine pour coller aux canons de beauté) au voile musulman !

Tambours et trompettes : faut-il s’en offusquer ? En ce qui me concerne, je trouve le parallèle particulièrement bien trouvé et les remarques faites à ce sujet particulièrement sensées. C’est fait avec beaucoup de finesse, tout en suggestion, et sans prosélytisme outrancier. Et je pense que ç’a fait évoluer mon regard sur le foulard. A tout le moins me poser des questions d’une manière différente. Me suggérer d’autres arguments. Renouveler le débat.

N’est-ce pas là la raison d’être de toute œuvre ? Objectif certainement atteint pour Emma !

Emma a récemment publié aux Editions Massot une BD rassemblant plusieurs des histoires qu’elle a postées sur sa page facebook. Elle s’intitule Un autre regard, et est disponible dans toutes les librairies de France (par exemple chez Grangier).

Emma Un autre regard

 

 

En chemin elle rencontre…

Collectif En chemin elle rencontre

En France, une femme meurt tous les 2 jours et demi sous les coups de son conjoint, environ 70 000 adolescentes de dix à dix-huit ans sont menacées d’être mariées de force, entre 55 000 et 65 000 fillettes ou femmes sont mutilées ou menacées de l’être. Chaque année dans le monde, 5 000 femmes sont tuées au nom de l’honneur, des centaines de milliers de femmes sont victimes de la traite en vue de la prostitution…

Pour que les femmes osent parler, pour briser le silence, pour une prise de conscience et de responsabilité, les artistes, femmes et hommes, se mobilisent pour la défense du droit humain. L’ouvrage bénéficie du soutien d’Amnesty International.

C’est la couverture de cette Bande Dessinée, avec ce visage en gros plan, dans les tons roses de la féminité, rougeâtres du sang, et son sujet qui m’ont poussée, curieuse, à jeter un œil. Prise au piège de ses dessins variés et de ses textes percutants, de ses histoires sordides mais terriblement touchantes et marquantes, j’ai continué ma lecture…

Beaucoup de sujets sont abordés, les exemples les plus criants de violence faite aux femmes. Cela va des femmes battues par leur conjoint jusqu’aux réseaux de prostitution, en passant par la réaction d’hommes qui affirment qu’une victime de viol « l’avait bien cherché » à force de se comporter comme une allumeuse.

Tous ces récits sont poignants, d’autant que chacun a son style propre, et que les auteurs (scénaristes, dessinateurs et coloristes) donnent une voix différente à chaque courte histoire. Certaines sont colorées, avec une atmosphère de normalité dérangeante. D’autres au contraire crient la violence et le mal-être, l’horreur, avec du texte blanc sur des pages noires, des éclats rouge vif. Le mouvement donné par les coups, la défaite dans le corps de la femme blessée. De magnifiques images pour parler de choses atroces, des récits choc, qui prêchent à convertie.

En outre, certains des aspects de la violence ne sont pas ceux auxquels on pense en premier, ceux auxquels on s’attend : le mariage forcé, l’excision, le viol comme arme de guerre… Des choses dont on pense qu’elles ne sont plus d’actualité, plus aussi répandues alors que c’est tout le contraire.

En bref : une lecture choc, un album d’excellente facture, et qui présente de manière très percutante un aspect primordial des droits des femmes.

 

Ont participé à cette BD :

Adeline Blondieau / Isabelle Bauthian / Philippe Caza / Daphné Collignon

Eric Corbeyran / Carine De Brab / Lucien De Gieter / Didjé / Renaud Dillies

Christian Durieux / René Follet / André Geerts / Fred Jannin / Kness / Kris

Kroll / Denis Lapière / Emmanuel Lepage / Magda / Malik / Charles Masson

Alain Maury / Marie Moinard / Rebecca Morse / Nicoby / Jeanne Puchol

Guy Raives / Sergio Salma / Aude Samama / Séraphine / Bernard Swysen

Turk / Damien Vanders / Philippe Xavier

Editions Des ronds dans l’O

Anita Blake 11, 12, 13 & 14 de Laurell K. Hamilton

Article collectif sur quatre tomes dévorés les uns à la suite des autres. Et un petit hors-sujet féministe dans la foulée. Voyez plus bas.

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Péchés Céruléens – Anita Blake 11

Tome dévoré en peu de temps, et franchement, à part de me rappeler qu’il y a beaucoup, beaucoup de sexe, il ne m’a pas plus marquée que ça. C’est triste, n’est-ce pas ? Mais bon, j’ai dû passer un bon moment, et en redemander, puisque j’ai enchaîné directement avec le suivant…

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Rêves d’Incubes – Anita Blake 12

Anita doit être la seule femme à pécher d’abord puis rêver à ses péchés ensuite (cf ordre des tomes 11 et 12)… J’ai tendance à penser que le commun des mortels rêve avant de passer à l’action. Mais en même temps, le commun des mortels se contente de relations monogames, alors qu’Anita aime être prise en sandwich. Pitié, ne vous dites pas que je tombe bien bas dans les allusions, je ne fais que citer Anita. C’est difficile de parler de cette série sans verser dans le sexe. Parce que soyons clairs, dans ce tome c’est du sexe, du sexe et encore du sexe. Mais bon, visiblement les lecteurs en redemandent. Comment cela, je fais moi-même partie de ces lecteurs ?

Certes, je ne peux en disconvenir…

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Micah – Anita Blake 13, ou la grosse arnaque…

Oui, la grosse arnaque. Figurez-vous que ce qui est intitulé « tome 13 » ne fait qu’à peine 200 pages. Pour le reste, ce sont des nouvelles que les dévots d’Anita liront avec toute la religiosité attendue. Moi j’aime bien la saga, mais ça s’arrête là. Oui Môsieur, même quand j’en lis 4 tomes d’affilées, je ne fais que « bien aimer ». C’est pas le genre de saga dont je peux me dire fan.

C’est sympathique, on en apprend plus sur Micah, et il y a une grosse et belle scène de sexe. L’enquête est pas mal, et les pouvoirs d’Anita prennent un nouveau tournant. Mais rien d’indispensable ; on a le sentiment qu’un hors-série s’est retrouvé un peu par mégarde dans la numérotation officielle des tomes.

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Danse Macabre – Anita Blake 14

Là par contre, je dois dire que j’en ai eu pour mon argent – ou plutôt pour mon emprunt, car je me fournis à la bibli.

Anita est enceinte !!! Bah oui, diront les culs pincés, à force de coucher dans tous les sens depuis des tomes et des tomes, ce sont des choses qui arrivent. Oui, mais vous avouerez que le thème des grossesses non désirées est rarement abordé dans ce type de lectures sensuelles. Et pourtant, là, la question se pose. J’avoue que j’étais très très curieuse de voir comment tous ces personnages allaient gérer la situation. Et je dois dire que ce n’est pas trop mal.

C’est l’occasion de parler d’une de ces choses que j’apprécie dans cette série : la vision de la femme ! C’est un féminisme assez particulier qui est ici exprimé. Anita aime se décrire comme une « femme » (elle soutient que cela lui donne plus de latitude pour se montrer curieuse, particulièrement en ce qui concerne la vie privée de ses homologues), mais elle joue régulièrement les « hommes » avec ses collègues, adoptant volontairement des attitudes qu’elle estime masculines (comme le fait d’ignorer les moments de faiblesse de ses vis-à-vis, ou de jouer à celui qui pisse le plus loin). C’est une vision que je n’approuve pas à 100%, Anita elle-même n’hésitant pas à se qualifier de « machiste » occasionnellement. Notamment lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle aussi sous-estime les femmes, les assimilant automatiquement aux combattants les moins dangereux.

Mais Anita a tout de même le mérite d’être une femme particulièrement libérée (pas seulement sexuellement, même si c’est une part importante de sa liberté, il faut le reconnaître). Anita fait un boulot où les hommes sont majoritaires, elle se bat pour survivre face à des personnes qui sont plus grandes, lourdes, et musclées qu’elle.

Le symptôme le plus éclatant de sa liberté, c’est la réaction des hommes de sa vie à l’annonce de son éventuelle grossesse. Micah et Nathaniel, les deux qui partagent sa maison, font immédiatement des propositions pour libérer de leur temps à eux. Ils acceptent dès le départ qu’il est impossible qu’Anita arrête son boulot comme une bonne petite mère de famille, tout simplement parce qu’elle n’est pas faite pour ça.

Avertissement: le paragraphe suivant vire au hors-sujet féministe.

J’ai un immense respect pour les mères au foyer, c’est un boulot à plein temps, tout aussi fatiguant qu’un emploi de bureau – ou un emploi tout court. Malgré tout, du haut de mes 21 ans tout mouillé et de mon strapontin d’amphi étudiant, la simple hypothèse de devoir un jour arrêter de travailler parce que j’ai des enfants me donne des sueurs froides. A l’heure actuelle, si j’aimerais un jour avoir des p’tits bouts de chou, je ne m’imagine pas les élever comme mère au foyer. Et pourtant, dans beaucoup de pays, aujourd’hui, il est une triste réalité : certaines mamans n’ont pas d’autre choix. Que ce soit parce que les places en crèche sont trop chères, trop peu nombreuses, ou que les crèches disponibles ne sont pas d’assez bonne qualité, certaines mères doivent arrêter de travailler. Il ne faut pas oublier non plus le poids de la société moralisatrice, aux yeux de laquelle une mère qui accorde une importance égale à son boulot et à ses enfants, ne peut être qu’une mauvaise mère. Un coup de gueule hors sujet, certes, et pourtant tellement actuel ! Donnez-nous des moyens de travailler, et peut-être alors n’aurez-vous plus à tant vous inquiéter du vieillissement de la population !

Bref, c’est pour cette raison que je dis « go go go Anita, je te soutiens à 100% » ! Une fois de plus, elle présente un schéma familial, ou plutôt relationnel, à rebours des conventions, et ça marche ! Qu’est-ce que c’est rafraîchissant !

Allô, allô...

C'est Guenièvre qui vous parle...
Oui, à vous derrière votre écran... 
Question: pour ou contre les dérives dans les articles ?

Je dois vous avouer que si j’ai mis aussi longtemps à écrire cette quadruple chronique, ce n’est pas pour les quelques lignes que j’ai rédigées pour chaque livre. C’est pour cette dérive sur mes convictions personnelles. Un jour je décidais de l’enlever… Un autre de la garder… Finalement ce paragraphe a gagné son droit d’existence. Je l’ai écrit, et j’en pense chaque mot ; il a mérité sa place dans cet article. Alors, ai-je eu tort ou raison ? La parole est à vous, chers lecteurs, je suis preneuse de tous les avis sur la question !

Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesse

Dufour Catherine, Guide des métiers

À Noël dernier, j’ai feuilleté le catalogue Jouets d’un grand magasin. Sur fond bleu : des autos, des motos et des bateaux. Sur fond rose : des poupées qui marchent et parlent, dix Barbie princesse et une Barbie fait le ménage. Materner c’est très bien, faire le ménage c’est nécessaire, et s’habiller comme une princesse peut être agréable, mais ce ne sont pas les seules façons, pour une fille, de gagner sa vie. Il y a beaucoup d’autres métiers, bien mieux payés.

Ce « Guide des métiers » vous fera découvrir plus de cinquante professions, depuis Aventurière jusqu’à Physicienne en passant par Agent secret, Chef d’orchestre, Femme d’affaires, Informaticienne ou Surfeuse. Chaque fiche-métier offre deux portraits : celui d’une pionnière et celui d’une femme d’aujourd’hui. Des indications pratiques comme « études conseillées », « salaire en début de carrière » ou « espérance de vie » accompagnent le texte.

Catherine Dufour est un auteur qui m’a été chaudement recommandée avant tout pour son livre fantastique Blanche Neige et les Lance missiles. Son humour pince-sans rire est reflété dans chacun des titres de ses écrits.

Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesse reflète parfaitement ce sens de l’humour. Mais il est avant tout une revendication: les filles peuvent faire aussi bien (voire mieux) que les hommes, et elles ne doivent pas se limiter à la place que la société veut traditionnellement leur réserver.

Catherine Dufour procède à la démonstration de ce principe par l’exemple; celui de toutes les femmes remarquables qui ont réussi dans notre monde d’homme.

C’est là que le bât blesse à mes yeux: comment l’exemple de femmes extraordinaire peut-il inspirer des petites filles qui n’ont pas de si hautes ambitions? Cette vision du féminisme, extrêmement revendicatrice et contestataire, ne répond pas à mes questions.

Le sujet de l’égalité des hommes et des femmes est pour moi une source de questionnement profond. Comment savoir ce qui relève d’une discrimination sociale profondément ancrée dans les moeurs, et ce qui relève au contraire de la différence normale entre les hommes et les femmes? Quelle attitude adopter pour ne prêter le flanc à aucune exagération, tant d’un côté que de l’autre?

Voilà le genre de réponses que je cherche lorsque je lis un essai sur le sujet; et le Guide des métiers m’a assez peu aidée sur la question.

Mais laissant de côté ces considérations philosophiques et sociologiques, j’ai tout de même beaucoup apprécié ma lecture. Les portraits sont rédigés avec une gouaille jouissive, souvent acidulée, et il est toujours intéressant d’en apprendre plus sur des personnages célèbres.

En bref: je recommanderais ce livre pour ses portraits de femmes célèbres, bien écrits, assez détaillés pour être satisfaisants, et assez courts pour être très agréables à lire. Mais je ne le préconiserais pas pour son aspect féministe…