Le Journal intime d’un arbre

Van Cauwelaert Didier, Le Journal intime d'un arbre

On m’appelle Tristan, j’ai trois cents ans et j’ai connu toute la gamme des émotions humaines.

Je suis tombé au lever du jour. Une nouvelle vie commence pour moi – mais sous quelle forme ? Ma conscience et ma mémoire habiteront-elles chacune de mes bûches, ou la statuette qu’une jeune fille a sculptée dans mon bois ? Ballotté entre les secrets de mon passé et les rebondissements du présent, lié malgré moi au devenir des deux amants dont je fus la passion commune, j’essaie de comprendre pourquoi je survis.

Ai-je une utilité, une mission, un moyen d’agir sur le destin de ceux qui m’ont aimé ?

Ce roman est moins un journal intime que le récit de la vie de ceux qui ont croisé un poirier, raconté à la première personne par l’arbre lui-même. Les réflexions de celui-ci sur le moi et sur l’humain parsèment le roman, mais cèdent le devant de la scène aux individus.

Ceux-ci sont des personnages d’une grande profondeur. La vision qui nous en est présentée reste néanmoins quelque peu superficielle – un arbre, malgré toute sa finesse, ne peut capter la totalité des pensées de ceux qui l’entourent.

J’ai également beaucoup apprécié l’écriture de l’auteur, Didier Van Cauwelaert, que j’ai trouvée juste et belle – je vous renvoie aux citations extraites du livre ci-dessous.

L’histoire de Tristan est racontée sur un fond de militantisme écologique intelligent – un discours raisonné et raisonnable, une mise en garde et un appel à la prise de conscience. Plus que de circonstance, en ces jours de COP21.

Mais en dépit de tous ces points positifs, je termine quelque peu déçue. Ce livre, sans être tout à fait pessimiste, exsude la mélancolie et l’espoir mourant. De plus, je reste assez peu convaincue par la vision des arbres qui est ici présentée. Elle est pleine d’intelligence, certes, mais elle leur prête un sens du devoir, un sens du bien et du mal que je trouve un peu trop pesants. Cela ne correspond pas à mon sentiment sur la question, si bien que je n’ai pas adhéré à cet aspect du livre. Ce genre de considérations philosophiques ne devraient-elles pas être réservées aux espèces conscientes, n’ayant rien de mieux à faire que s’arracher les cheveux sur des questions aussi stériles ? J’aime penser aux arbres comme à des gardiens plus neutres.

En bref : ce livre est une bonne lecture, bien pensé et bien écrit. Je pense qu’il peut plaire beaucoup à ceux qui se reconnaissent dans la vision du monde de l’auteur. 

Quelques citations:

« Ce n’est pas la perte de nous-mêmes qui nous obsède, c’est la rupture d’une harmonie ». p 7

« quand l’arbre est en activité, il se fout de son bois mort. Sauf le jour où, dans mon cas, ce bois mort servit à brûler vif. » p 26

« Les humains ont tendance à devenir des machines qui pensent mais n’imaginent plus » p 30

« Les végétaux ne sont pas destinés à se protéger des sentiments qu’on leur confie, à battre des records de longévité solitaire en se fermant aux chagrins par principe de précaution. » p 38

« Le souvenir se remet à vivre quand on lui rend sa liberté » p 45

« Il n’y a pas de hasard. Si, justement. Sauf que le « hasard » n’est que la projection de vos pensées, conscientes ou non, qui, arrivées à une certaine maturation ou renforcées par la volonté d’autrui, acquièrent une forme d’autonomie et se matérialisent. » p 131

« Le moment est venu de lâcher prise. Je m’abandonne à ma nouvelle croissance, ma mémoire cesse d’émettre, et c’est le silence de la vie qui recommence. » p 145

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