Le Royaume de Tobin, intégrale 2

Flewelling Lynn Le Royaume de Tobin II

Selon une ancienne prophétie, le royaume de Skala connaîtra la paix et la prospérité aussi longtemps qu’une reine guerrière en occupera le trône.

Mais l’usurpateur compte bien y mettre un terme, en éliminant toutes les prétendantes à la couronne. Pour protéger Tobin, l’ultime héritière d’une longue lignée de souveraines, une sorcière use d’une magie ancienne et interdite pour la transformer en garçon… Mais à quel coût !

La première intégrale raconte une histoire quelque peu plate : celle d’une enfance dont le principal mystère nous est déjà connu. Lorsque Tobin découvre enfin sa véritable identité, les choses peuvent commencer à avancer.

C’est le début de cette seconde intégrale qui m’a fait tomber amoureuse de cette saga. On y retrouve ce qui nous fait poursuivre après la première intégrale : les héros diablement attachants, le monde soigneusement calibré, minutieusement détaillé et tout à fait fascinant, sans oublier cette écriture riche et travaillée, pleine d’argot sophistiqué (avec des « mioche » à tout bout de chant, mais aussi du vocabulaire que j’ai découvert à cette occasion, tel que le verbe « se musser »).

Mais en surplus de tous ces points positifs, l’action démarre enfin. Alors que dans le premier tome, les personnages se languissent, attendent désespérément que leur vie commence et qu’ils puissent partir à la guerre, ici les évènements se succèdent. Avec la connaissance de son identité et de son destin, Tobin prend conscience de tous les complots politiques qui l’entourent. Il commence à réfléchir en tant que future reine, jauge les gens et considère d’un œil bien plus attentif les coutumes de la Cour. Lorsqu’enfin vient le baptême du sang, c’est l’apothéose.

J’ai aussi été fascinée par la profondeur de ces personnages. Ils sont extrêmement travaillés, et l’ambiguïté du sexe de Tobin donne lieu à des morceaux de psychologie. Sans être ponsif le moins du monde, on prend conscience du poids que tout ceci fait peser sur ses épaules, et à quel point sa situation est difficile. Il ne peut se confier à personne, il doit vivre avec son fardeau et protéger son secret.

En bref : un coup de cœur absolu, et renouvelé à chaque relecture. Je recommande chaudement la saga dans son entier. Si le premier tome est un peu lent, le second est bien meilleur et le troisième démentiel.

NB: Cette seconde intégrale correspond à deux tomes :

Cette saga a été publiée en 6 tomes en France (une énième série pour laquelle on peut pester contre les tomaisons des éditeurs français). Il existe une autre saga se déroulant quelques siècles plus tard dans le même monde: Nightrunners.

Le mardi sur son 31 #5

Le mardi sur son 31 est un rendez-vous initié par Sophie, sur son blog Les Bavardages de Sophie

Il s’agit de citer un passage de la page 31 du livre que l’on est en train de lire. Une bonne manière de présenter un livre…

Cette semaine, je vous présente un extrait d’une saga qui me tient à cœur : Le Royaume de Tobin, par Lynn Flewelling. Le passage ci-dessous est situé dans le quatrième tome, La Révélation (le second tome de l’édition J’ai Lu, composée d’intégrales). Mais il ne révèle rien de l’intrigue, si ce n’est le caractère pittoresque d’Arkoniel, un de mes personnages secondaires favoris. Cet extrait est également un bon exemple du style de l’auteur, que j’apprécie énormément.

Les éclairs s’acharnaient à darder des tridents vers le sol, et dans le sillage de chaque zébrure retentissait une assourdissante détonation. L’orage faisait un tel vacarme que le magicien ne s’aperçut que Wythnir s’était faufilé dans sa chambre qu’en sentant se poser la main de l’enfant sur son bras.

Il crevait manifestement de peur. « Ça va frapper le manoir ? » demanda-t-il d’une voix tremblotante mais qu’il haussait de son mieux pour se faire entendre.

Arkoniel l’enlaça d’un bras. « Ne t’inquiète pas. Cette vieille baraque ne date pas d’hier, elle a vu d’autres. »

Comme pour le contredire, la foudre s’abattit sur un vieux chêne mort qui bordait la prairie, le fendit en deux depuis la cime jusqu’aux racines et l’embrasa d’un coup.

« Du feu de Sakor ! s’écria Arkoniel en se ruant vers son cabinet de travail. Où as-tu mis ces pots à feu que tu astiquais l’autre jour ?

– Sur l’étagère près de la porte. Mais vous… – vous ne comptez pas sortir ?

– Rien qu’un moment. » Le loisir manquait pour expliquer quoi que ce soit. Arkoniel connaissait au moins une demi-douzaine d’élixirs qui ne pouvaient se concocter qu’avec cette sorte de feu, s’il arrivait à temps pour s’en procurer avant que la pluie ne l’éteigne.

Les pots se trouvaient effectivement sur l’étagère, prêts à servir, avec leurs couvercles étincelants de cuivre criblé de trous. […] Le magicien rafla le plus gros et se précipita dans l’escalier. Il s’entendit bien interpeler par Kaulin lorsqu’ils enfilèrent la grande salle, mais il ne s’arrêta pas pour autant.

La pluie battante lui aplatit les cheveux et colla le pagne contre ses cuisses tandis qu’il galopait pieds nus sur le pont puis se lançait à corps perdu dans la houle rêche des phléoles et des chardons morts qui lui montaient jusqu’à la ceinture, tout en maintenant le pot serré contre sa poitrine pour empêcher le contenu de se mouiller. »