Jours de destruction, jours de révolte par Hedges & Sacco

Hedges Chris & Saco Joe Jours de destruction, jours de révolte

Joe Sacco et Chris Hedges ont entrepris d’examiner les zones sinistrées des USA, ces régions qui ont été sciemment exploitées au nom du profit, du progrès et de l’avancée technologique.

Ils ont voulu montrer à quoi ressemblait la vie des populations dans ces endroits où les lois du marché régnaient en maître, où les êtres humains et la nature furent exploités avant d’être ensuite abandonnés afin d’en tirer un maximum de profits.

Ils ont voulu voir ce que l’idéologie du capitalisme décomplexé signifie pour les familles, les villes, les travailleurs et l’écosystème.

De la réserve indienne de Pine Ridge dans le Dakota aux militants d’Occupy Wall Street, les auteurs dressent un constat peu optimiste sur l’Amérique contemporaine, celle dont le taux de pauvreté est le plus élevé des pays industrialisés.

Un livre choc, une claque. Voilà qui fait prendre conscience, tout en nous interrogeant.

Les quatre premières parties de ce livre sont une invite à la dépression, au désespoir. Les faits décrits sont tellement graves, tellement extrêmes qu’ils ont de nombreuses fois chez moi suscité le doute, le rejet, l’impression d’une absence d’un autre point de vue, d’unilatéralisme.

Et pourtant… Il est indiscutable que le capitalisme, avec la spéculation sont responsables de la situation économique actuelle, cause de licenciements, chômage et inégalités. Il est tout aussi indiscutable que nous vivons dans une société de plus en plus surveillée, contrôlée, sous prétexte de sécurité.

Il est également avéré que la destruction de nos ressources et le gaspillage causent des dommages irréparables à notre environnement. Et tout aussi véridique que cette fuite en avant, et les richesses énormes, toujours en expansion qu’elle génère ne profitent qu’à une minuscule minorité de personnes.

En tant que jeune, voici des mois que ma conscience politique, commençant tout juste à s’éveiller, répète « ça va péter, le système ne peut plus continuer comme ça, ce n’est pas possible, on court à notre perte ».

Voilà grosso modo ce qu’affirme ce livre, mais avec un point de départ quelque peu différent. Il s’appuie sur des chiffres bruts, des témoignages, des dessins magnifiques, reflétant cette triste réalité. Ils sont crus et pourtant tout en rondeurs, en ombres et traits adoucis. Ils ne montrent que visages ravagés, tristes, privés de toute étincelle, ravagés par des combats, et plus que tout par la résignation. Ces visages ne sont que le reflet des paysages représentés. Des paysages qui ne donnent à voir que ruines et destructions…

Alors pour la première fois, je vais m’autoriser à écrire un article sur fond de politique et de conviction personnelle. Indépendamment de toute considération religieuse ou de tout militantisme en faveur d’un quelconque parti. Il suffit d’ouvrir les yeux, de faire preuve de bon sens. En enlevant les œillères que l’on porte en temps normal, on peut constater que des millions de personnes meurent de faim dans le monde. Le système économique part à vau-l’eau. Les systèmes politiques ne sont guère en meilleure forme. Les jeunes privés d’avenir en Europe. Les laissés pour compte, partout. Les libertés bafouées…

Voilà ce que pointe du doigt ce livre. Ni plus ni moins, voilà ce que les auteurs ont vu à l’échelle des Etats-Unis, de quelques-uns de ses Etats. Répartis en chapitres ayant chacun un thème bien définis qui illustre les inégalités, le rejet, la négation des droits, ou tout simplement et plus généralement, la misère la plus noire du pays le plus riche du monde.

Un livre très alarmiste, aux faits bruts dérangeants, qui soulève une question : qu’en est-il de la situation en France, en Europe ? Derrière le vernis des grands principes, de la démocratie, y-a-t-il encore une réalité qui leur corresponde ? Sommes-nous sourds à semblable détresse ici ?

Le seul reproche que je me permettrais d’adresser à ce livre est lié à son caractère entier. Les auteurs ne prennent en compte aucune nuance, ce qui, je l’imagine, peut se comprendre face à la noirceur qu’ils ont vue. Il n’y a aucune relativisation, aucun point de vue contraire. Voilà la seule chose qui pourrait m’amener à remettre en cause le contenu dérangeant, cela ainsi que l’extrémisme de cette peinture. En effet, j’ai du mal à croire que le pays le plus puissant au monde puisse réunir une telle misère. Ma raison me dit que c’est tout à fait possible. Mon cœur se refuse à croire qu’il puisse réellement exister des êtres aussi indifférents, qui continuent à exploiter pour eux-mêmes, sans jamais donner en retour. Certains diront peut-être qu’ils donnent en retour : en emplois, en pouvoir d’achat, ou même par le biais de dons charitables. Mais au final, ces « dons », ne font que mettre en exergue les disparités, et les aggraver en renforçant le marché capitaliste.

Voilà le cœur du livre : le capitalisme, cette bête immonde. Encore une fois, la conviction vibrante de l’auteur des textes m’a dérangée ; il parle même des « criminels de Wall Street ». Et pourtant… Je ne connais rien à l’économie, et ne saurait dire si l’explication sur la spéculation (que j’ai à peine comprise, s’il faut être honnête) est véridique. Mais une chose est sûre, ce système est responsable des maux de la Grèce, de l’Italie et de tant d’autres encore. Il est avéré que la faillite de certaines banques a fait perdre à de petites gens le fruit d’une vie d’économie, et par là même, le seul avenir qu’ils aient. L’éclatement de la bulle spéculative a remis en cause la croissance exponentielle que connaissait l’économie mondiale. Et aujourd’hui, cette crise n’est pas encore résorbée.

 

Publicités