Parce que je déteste la Corée, de Kang-myoung Chang

Chang Kang-myoung Parce que je déteste la Corée

« Pourquoi j’ai décidé de partir ? En deux mots, c’est parce que je déteste la Corée. » Kyena, vingt-sept ans, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi décide-t-elle de tout quitter ? Son pays, sa famille, son boulot, tout ça pour émigrer en Australie alors qu’elle ne parle même pas l’anglais ! Mais Kyena a tout prévu : elle quitte son petit ami à l’aéroport, laisse derrière elle la compétition, la hiérarchie et le moule trop étroit de la société coréenne ; pour elle, c’est maintenant que tout commence ! La coloc, les rencontres, les petits boulots ou encore les puces de lit, tout ne se passera pas exactement comme elle l’avait prévu. Et pas facile d’échapper au racisme, aux préjugés et à l’esprit de classe. Mais quel bonheur de se réinventer loin des siens! Kyena nous ressemble, avec sa bonne humeur, sa jeunesse et son désir de vivre. Dans cette comédie enlevée, elle est aussi la voix d’une nouvelle génération de femmes pour qui le monde est à conquérir !

Une quatrième de couverture fort aguichante; heureusement le roman tient toutes ses promesses.

Je me suis énormément attachée au personnage principal, Kyena. Ses questionnements et sa manière d’aborder sa vie m’ont profondément touchée. Chacune de ses pensées a fait écho en moi.

Il faut dire que les thèmes abordés sont particulièrement propices à la réflexion. Il s’agit de trouver sa place dans le monde, dans un pays et une société. Il s’agit de décider quelle vie on veut vivre, ce qu’on veut en faire et comment on sera heureux. Kyena est la compagne parfaite pour trouver des éléments de réponse : elle a l’audace de changer. Elle décide de s’expatrier. Convaincue de ne jamais trouver le bonheur dans son pays d’origine, la Corée, elle part à l’aventure. C’est une décision extrêmement courageuse : elle refuse de se contenter de ce qu’elle a, alors que c’est suffisant pour avoir une vie somme toute correcte, avec un boulot, un mec attentionné, assez à manger, un toit sur la tête…

Partir à l’aventure, donc, qu’est-ce que c’est ? Pas forcément partir avec un sac à dos des chaussures de randonnées. Partir avec une seule valise en avion, dans un pays à des centaines de kilomètres du sien (séparé par la mer !), ça rentre aussi dans cette définition. Partir dans un pays dont on ne parle qu’imparfaitement la langue, où on ne connaît rien ni personne. C’est ce que fait Kyena, et elle nous montre à quel point c’est dur. Pas d’idéalisation, pas de rêve roses et bleus : elle est consciente des difficultés, elle ne fait pas l’impasse dessus. Mais elle montre également qu’à force de courage et de travail, on peut les surmonter.

Et lorsque s’offre à elle l’opportunité de rentrer en Corée, de reprendre sa vie tranquille et sûre, la jeune fille va jusqu’au bout. Elle refuse et repart en Australie, consciente que rien n’y sera jamais simple.

Au delà de la découverte de deux pays, la Corée du Sud et l’Australie, au delà de la découverte des cultures ou encore de l’immigration coréenne dans ce second pays, j’ai plus que tout apprécié la leçon de vie dispensée par Kyena. Elle m’a profondément touchée et a fait écho avec mes désirs et mon expérience.

En bref : un excellent livre, une histoire profondément humaine et actuelle avec un personnage principal qui ne l’est pas moins. Une découverte intéressante de la culture coréenne, quoiqu’assez superficielle.

Livre lu dans le cadre du challenge : le tour du monde en 8 ans.

Petite citation sur les différences entre la Corée et l’Australie, qui traduit assez bien la personnalité de Kyena :

Je me suis seulement dit que c’était vraiment triste d’habiter à l’étranger et je me suis résignée au fait qu’ici, je resterais indéfiniment une étrangère. De toute façon, en Corée aussi j’étais une étrangère.

On m’a demandé pourquoi je n’aimais pas ma patrie. Mais tu sais, ma patrie ne m’aimait pas non plus. En vérité, je crois que mon pays se fichait royalement de mon existence. On m’a dit que mon pays m’avait nourrie, habillée, protégée, mais moi j’ai toujours respecté la loi, accepté l’éducation qu’on me donnait et payé tous les impôts que je devais. J’ai accompli mon devoir comme il faut.

Mon pays natal, la Corée du Sud, s’aime d’abord lui-même. Il chérit uniquement les membres de la société qui lui font honneur, comme la patineuse Kim Yuna ou l’entreprise Samsung. Et il colle une étiquette infamante sur ceux qui ternissent son image. Si je me retrouve dans la misère et que je ne suis plus en mesure d’accomplir mon devoir de citoyenne, il ne m’aidera pas, ce sera à moi de faire en sorte de ne pas entacher la gloire de ma patrie. Voilà la mentalité de la Corée. […]

Je suis parfaitement consciente que l’Australie n’est pas un pays irréprochable. Une fois, dans le métro, un clochard s’est approché de moi et m’a crié : « Retourne chez toi ! » On a instauré un examen pour obtenir la nationalité australienne, ça n’existait pas avant, et les questions posées sont plutôt ardues, par exemple on nous demande de citer le nom d’un joueur de cricket. Et pourtant, en préparant cet examen, je me suis dit que l’Australie, c’était quand même mieux que la Corée. Tu connais les paroles de notre hymne national ? Qu’est-ce qu’il dit ? Ce que le ciel protège, ce n’est pas moi, mais la Corée. Ce qui doit vivre longtemps, ce n’est pas moi non plus, mais mon pays. Si j’existe, c’est seulement pour préserver mon pays le plus longtemps possible. Les paroles de l’hymne national australien sont très différentes, il commence par « Australiens, réjouissons-nous car nous sommes jeunes et libres », continue avec « Sous notre rayonnante Croix du Sud, nous peinerons des cœurs et des mains », et se termine avec « Nous avons des plaines sans limite à partager ». Rien à voir avec l’hymne coréen !

(p.103 – édition numérique)

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