Un long chemin vers la liberté, Nelson Mandela

Mandela Nelson Un long chemin vers la liberté

Le nom de Nelson Mandela est connu de tous. Mais l’on connaît moins bien les détails de sa vie, ou même ce qui a motivé son long combat.

Clint Eastwood Invictus-posterJe n’en savais rien d’autre que ce que j’avais appris en regardant le film Invictus, de Clint Eastwood, avec Morgan Freeman et Matt Damon (un excellent film, d’ailleurs). Ses images me sont revenues à la mémoire et ont illustré ma lecture.

La première chose qui m’a frappée a été l’écriture de Nelson Mandela. Elle est posée, minutieusement détaillée. Pas d’élan enflammé, seulement une pure relation de faits, tels que lui les a perçus. Cela donne une impression de distance que j’ai trouvée parfois exagérée et quelque peu artificielle. Mais son grand avantage est de présenter les choses de manière rationnelle. Nelson Mandela expose chacun de ses raisonnements, chacune des pensées qui l’ont amené à prendre telle décision, à adopter tel comportement plutôt que tel autre.

Cela donne au récit un ton quelque peu particulier. Sans chercher à se justifier, Monsieur Mandela explique néanmoins ses choix. Parfois, il ajoute qu’il aurait dû agir d’une autre manière, ou qu’il aurait dû mieux faire. Il m’a ainsi semblé percevoir une supplication muette aux futurs Sud-Africains : « ne me jugez pas trop durement, j’ai agi de mon mieux et selon ma conscience. Mais je ne suis qu’un homme, imparfait. »

Dans le même ordre d’idée, on sent que Nelson Mandela s’excuse ici des souffrances qu’il a causées à sa famille. Il fait part de son regret pour ce qu’il leur a imposé, tout en expliquant qu’il n’avait pas le choix. Dans un premier temps, je n’ai pas vraiment compris cette affirmation. Certes, il devait combattre pour son pays et ses droits, mais sachant ce que serait sa vie, celle d’un combattant de la liberté, pourquoi avoir choisi de se marier et d’avoir des enfants ? Ce n’est qu’avec le récit des années à Robben Island, et notamment du réconfort moral que sa famille lui apportait que j’ai compris. Il ne pouvait pas faire autrement. Il devait combattre, mais il avait besoin de sa famille pour le faire. Il devait avoir un soutien extérieur. Cela le rend très humain, tout comme l’acceptation de ses failles.

La seconde chose qui m’a énormément intéressée est la description de la culture Africaine. C’est une chose au sujet de laquelle nous, Européens, savons très peu. Nelson Mandela prend un soin minutieux à décrire ses coutumes et la fierté qu’elles lui inspirent. Il montre que la culture Africaine est riche, et que les Blancs ont tort de la considérer toute civilisation noire comme barbare. Il souligne tout ce dont les Africains peuvent être fiers : la civilisation égyptienne, antérieure à celle de la Grèce Antique, ou encore la royauté éthiopienne, qui a subsisté malgré la colonisation. Sans oublier le combat qu’ils ont mené avec bravoure contre les envahisseurs européens.

La relation entre Noirs et Blancs est au cœur du livre. Nelson Mandela souligne toutes les souffrances que les Afrikaners ont causées à son peuple. Cela semble un compte-rendu juste. Il souligne toutes les horreurs sans rien en excuser. Et pourtant, il ne donne pas lieu à une conclusion amère ou haineuse, et c’est là toute la force du message de Monsieur Mandela.

Si je devais retenir une phrase de tout ce livre, ce serait :

« Personne n’est né avec la haine pour l’autre du fait de la couleur de sa peau, ou de son origine, ou de sa religion. Les gens doivent avoir appris à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer car l’amour jaillit plus naturellement du cœur humain que son opposé. ».

Eastwood Clint Invictus 2

Enfin, je souhaite dire un mot du récit de ce long combat pour la liberté. J’ai eu plus d’une fois l’impression de lire un « manuel à l’usage des combattants de la liberté », ainsi que Monsieur Mandela appelle tous ceux qui résistent aux lois injustes. Il détaille par le menu les actions qu’il a encouragées et dirigées, pour quels motifs concrets il les a adoptées à un moment précis pour les délaisser ensuite. Le passage de la lutte légale, sous forme de parti politique, à la lutte clandestine. Le changement de la non-violence à la politique d’attentats. Le choix de telle forme de grève plutôt que de telle autre. Le tout est très politique ; il s’agit d’instrumentaliser tout ce qui est à sa disposition pour arriver à son but. Tout est calculé, pesé et mûrement réfléchi. C’en serait presque cynique, si le but n’était pas aussi noble.

En bref : une lecture fascinante, qui m’a beaucoup appris et fait réfléchir sur la lutte contre l’ordre établi. Monsieur Mandela m’aura ainsi durablement marquée, et je continue à réfléchir à ses paroles et sa vision du monde.

Mandela

Voici quelques citations relevées lors de ma lecture :

« Quel que soit le rang auquel accédait un Noir, on le considérait toujours comme inférieur au Blanc le plus bas. »

« Je suis incapable d’indiquer exactement le moment où je suis devenu politisé, le moment où j’ai su que je consacrerais ma vie à la lutte de libération. Être Africain en Afrique du Sud signifie qu’on est politisé à l’instant de sa naissance, qu’on le sache ou non. Un enfant africain naît dans un hôpital réservé aux Africains, il vit dans un quartier réservé aux Africains, et il va dans une école réservée aux Africains, si toutefois il va à l’école. Quand il grandit, il ne peut occuper qu’un emploi réservé aux Africains, louer une maison dans un township réservé aux Africains, voyager dans des trains réservés aux Africains et on peut l’arrêter à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit pour lui donner l’ordre de présenter un pass, et s’il ne peut pas, no le jette en prison. Sa vie est circonscrite par les lois et les règlements racistes qui mutilent son développement, affaiblissent ses possibilités et étouffent sa vie. Telle était la réalité et on pouvait l’affronter de milliers de façons. Je n’ai pas connu d’instant exceptionnel, pas de révélation, pas de moment de vérité, mais l’accumulation régulière de milliers d’affronts, de milliers d’humiliations, de milliers d’instants ou liés, a créé en moi une colère, un esprit de révolte, le désir de combattre le système qui emprisonnait on peuple. Il n’y a pas eu de jour particulier où j’aurais dit : à partir de maintenant, je vais me consacrer à la libération de mon peuple ; à la place je me suis simplement retrouvé en train de le faire sans pouvoir m’en empêcher. »

Troisième partie La naissance d’un combattant de la liberté, chapitre 11

« on ne peut être soi-même ; on doit incarner chaque rôle qu’on épouse. »

Celle-ci illustre mon propos sur la réflexion rationnelle à outrance qui sous-tend chaque décision (en l’occurrence le passage de la non-violence à la lutte armée) :

« En organisant la direction et la forme que prendrait MK, nous avons envisagé quatre types d’action violente : le sabotage, la guerre de guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte. Pour une armée limitée et novice, la révolution ouverte était inconcevable. Inévitablement, le terrorisme donnait une mauvaise image à ceux quo l’employaient et détruisait le soutien public qu’ils auraient pu recueillir. La guerre de guérilla était une possibilité, mais comme l’ANC avait hésité à adopter la violence, il semblait logique de commencer avec la forme de violence qui causait le moins de tort aux individus : le sabotage. »

Sixième partie Le Mouron noir, Chapitre 44

Un extrait du discours de l’annonciation de la formation de MK, branche armée du Congrès national Africain (ANC):

« Dans la vie de toute nation, il vient un moment où il ne reste que deux choix : se soumettre ou combattre. Ce moment est arrivé en Afrique du Sud. »

Sixième partie Le Mouron noir, Chapitre 45

Voilà un exemple de la fierté que ressent Nelson Mandela à l’encontre de la civilisation africaine dans son ensemble :

« En tant qu’étudiant, j’avais rêvé de visiter l’Egypte, le berceau de la civilisation africaine, le reliquaire de tant de beauté en art, j’avais rêvé de voir les pyramides et le Sphinx, de traverser e Nil, le plus grand fleuve africain. D’Addis-Abeba, Olivier, Robert Resha – qui devait m’accompagner pendant le reste de mon voyage) et moi, nous sommes allés en avion au Caire. J’ai passé ma première matinée au musée à regarder les œuvres d’art, à prendre des notes sur les hommes qui fondèrent la civilisation antique de la vallée du Nil. Il ne s’agissait pas d’un intérêt d’archéologue amateur ; il est important pour des nationalistes africains d’être armés de preuves pour contredire les affirmations fictives des Blancs qui prétendent que les Africains n’ont pas de passé civilisé comparable à celui de l’Occident. En une seule matinée, j’ai découvert que les Egyptiens avaient créé de grandes œuvres d’art et d’architecture à une époque où les Blancs vivaient encore dans des cavernes.»

Sixième partie « Le Mouron noir » Chapitre 47

Une seconde illustration du caractère calculé de chacun des actes de Monsieur Mandela (au cours du Procès Rivonia, qui déboucha sur sa condamnation à la prison à vie) :

« Pendant la comparution, le juge s’est montré hésitant et mal à l’aise, et il évitait de me regarder directement. Les avocats semblaient eux aussi très embarrassés et, à ce moment-là, j’ai eu une sorte de révélation. Ces hommes n’étaient pas mal à l’aise simplement parce que j’étais leur collègue déchu ; mais parce que j’étais un homme ordinaire puni pour ses convictions. D’une certaine façon, que je n’avais jamais bien comprise auparavant, je me suis rendu compte du rôle que je pouvais jouer devant un tribunal et des possibilités qui m’étaient offertes comme défenseur. J’étais le symbole de la justice dans le tribunal de l’oppresseur, le représentant des grandes idées de liberté, d’équité et de démocratie dans une société qui déshonorait ces vertus. En cet instant, j’ai compris que je pouvais continuer la lutte à l’intérieur de la forteresse de l’ennemi. »

Septième partie Rivonia, Chapitre 49

« La prison et les autorités conspirent pour dépouiller chacun de sa dignité. Cela en soi m’a permis de survivre : tout homme ou toute institution qui essaie de me dépouiller de ma dignité a perdu d’avance parce que c’est une chose dont je ne me départirai à aucun prix et sous aucun prétexte. »

Septième partie Rivonia, Chapitre 60

J’ai relevé bien d’autres passages, mais mon livre est en pension chez quelqu’un qui a demandé à le lire lorsque j’ai commencé à en parler… Je compléterai cet article à l’occasion.

Pour aller plus loin… J’ai découvert en ligne cette BD qui résume la vie de Nelson Mandela, et dont j’apprécie beaucoup les dessins.

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