Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesse

Dufour Catherine, Guide des métiers

À Noël dernier, j’ai feuilleté le catalogue Jouets d’un grand magasin. Sur fond bleu : des autos, des motos et des bateaux. Sur fond rose : des poupées qui marchent et parlent, dix Barbie princesse et une Barbie fait le ménage. Materner c’est très bien, faire le ménage c’est nécessaire, et s’habiller comme une princesse peut être agréable, mais ce ne sont pas les seules façons, pour une fille, de gagner sa vie. Il y a beaucoup d’autres métiers, bien mieux payés.

Ce « Guide des métiers » vous fera découvrir plus de cinquante professions, depuis Aventurière jusqu’à Physicienne en passant par Agent secret, Chef d’orchestre, Femme d’affaires, Informaticienne ou Surfeuse. Chaque fiche-métier offre deux portraits : celui d’une pionnière et celui d’une femme d’aujourd’hui. Des indications pratiques comme « études conseillées », « salaire en début de carrière » ou « espérance de vie » accompagnent le texte.

Catherine Dufour est un auteur qui m’a été chaudement recommandée avant tout pour son livre fantastique Blanche Neige et les Lance missiles. Son humour pince-sans rire est reflété dans chacun des titres de ses écrits.

Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesse reflète parfaitement ce sens de l’humour. Mais il est avant tout une revendication: les filles peuvent faire aussi bien (voire mieux) que les hommes, et elles ne doivent pas se limiter à la place que la société veut traditionnellement leur réserver.

Catherine Dufour procède à la démonstration de ce principe par l’exemple; celui de toutes les femmes remarquables qui ont réussi dans notre monde d’homme.

C’est là que le bât blesse à mes yeux: comment l’exemple de femmes extraordinaire peut-il inspirer des petites filles qui n’ont pas de si hautes ambitions? Cette vision du féminisme, extrêmement revendicatrice et contestataire, ne répond pas à mes questions.

Le sujet de l’égalité des hommes et des femmes est pour moi une source de questionnement profond. Comment savoir ce qui relève d’une discrimination sociale profondément ancrée dans les moeurs, et ce qui relève au contraire de la différence normale entre les hommes et les femmes? Quelle attitude adopter pour ne prêter le flanc à aucune exagération, tant d’un côté que de l’autre?

Voilà le genre de réponses que je cherche lorsque je lis un essai sur le sujet; et le Guide des métiers m’a assez peu aidée sur la question.

Mais laissant de côté ces considérations philosophiques et sociologiques, j’ai tout de même beaucoup apprécié ma lecture. Les portraits sont rédigés avec une gouaille jouissive, souvent acidulée, et il est toujours intéressant d’en apprendre plus sur des personnages célèbres.

En bref: je recommanderais ce livre pour ses portraits de femmes célèbres, bien écrits, assez détaillés pour être satisfaisants, et assez courts pour être très agréables à lire. Mais je ne le préconiserais pas pour son aspect féministe…

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4 réflexions sur “Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesse

  1. La confusion dont il entoure le marché du travail est pourtant d’un féminisme typique !

    Qui porte à se demander à quel métier peuvent être destinées les bottes prolétaires qui ornent la première de couverture : physicienne, agent secret, chef d’orchestre, femme d’affaires, informaticienne ou surfeuse ?

    Cette dame Dufour aurait-elle négligé dans son ouvrage les professions de mareyeuse, de plombière ou d’égoutière, pourtant bien propres à émanciper les petites filles des funestes histoires de princesses ?

    Éternelle équivoque féministe entre les métiers accessibles et les métiers désirables, la parité professionnelle des élites et les nécessités économiques qui s’imposent au grand nombre…

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    1. Eh bien, je ne sais pas très bien que répondre à ce commentaire.
      Je pense que le féminisme ne doit pas faire de revendication systématique, c’est ce que ridiculisent les humoristes, et ce qui vient à l’esprit de tous lorsqu’on parle de « féminisme ».
      Pour autant on ne doit pas tout accepter, et certaines choses doivent être contestées, comme par exemple les inégalités persistantes dans le monde du travail. Mais à mon sens, le changement viendra des gens « comme tout le monde », et non des héroïnes décrites dans ce livre.

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  2. Et votre sens est bien fondé !
    Car les « gens comme tout le monde » sont rarement les acteurs des « inégalités » dont s’indignent celles que vous appelez héroïnes, engagées surtout dans la lutte des places.
    (Mais au-delà des moyennes trompeuses, quelles inégalités de sexe persistent donc en France dans le monde du travail, et où ? La lecture critique des statistiques dément la récrimination féministe, l’expérience quotidienne de l’entreprise aussi…)
    Quoi qu’il en soit, Guenièvre, bonnes lectures encore !

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