Lavinia, par Ursula K. Le Guin

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Lavinia est la fille unique du roi Latinus. Arrivée en âge de se marier, elle est courtisée par de nombreux prétendants, bien plus intéressés par le royaume de son père que par la timide héritière. Mais Lavinia n’est pas qu’une offrande nuptiale, elle a du caractère et des idées, voire des idéaux. Elle nous les fait partager en nous immergeant dans son monde : l’Italie antique.

L’intrigue se déroule alors que Rome n’est encore qu’un village sans importance, qui n’a pas encore trouvé son nom. Lavinia, en tant que fille de roi, a pour devoir de participer à toutes les cérémonies religieuses. Sa vie est donc rythmée par les sacrifices, les jeûnes et les prières. Elle prend tout ceci très à cœur et c’est ainsi qu’un jour elle aperçoit une ombre… Celui qu’elle appelle « son poète », Virgile. Celui-ci, sur son lit de mort, loin dans le futur, lui parle de sa grande œuvre et de son héros. Enée est destiné à devenir le mari de Lavinia.

S’ensuit alors le récit d’un « après » l’Enéide, raconté par une femme. N’ayant pas encore lu l’épopée du Troyen, je ne saurais donner davantage de détails à ce propos, mais je peux dire que le livre ainsi formé est d’une grande qualité.

L’auteur écrit très bien, ce qui est assez rare, en ce qui concerne les livres estampillés « fantastiques », pour être souligné. Ses mots, précis, ont une sonorité très agréable qui tisse un monde à part. Ursula K. Leguin ne se contente pas de créer une fresque historique, en s’appuyant sur des faits « établis » par Virgile. Elle leur donne corps, en retranscrivant les mentalités de manière impressionnante. Son récit est ainsi émaillé de concepts que les latinistes retrouveront avec plaisir, tels que le fas et le nefas, la virtus et le rôle du vates… Des mots intraduisibles tels quels en Français, mais qu’Ursula K. Leguin parvient à expliquer en subtilité.

A toute cette vraisemblance s’ajoute le personnage principal, Lavinia, qui est d’une complexité, d’une subtilité remarquable. Femme, à une époque où leur rôle est limité, elle « refuse d’être prise », comme le dit la quatrième de couverture. Elle choisit son destin, elle choisit de suivre la voie que lui a indiquée son poète. Mais elle ne le fait pas par égoïsme : elle le fait parce que c’est fas, c’est le juste chemin. Profondément pieuse, elle a à cœur de protéger la paix, de protéger son royaume, et plus tard son fils. Mais elle est aussi craintive, une enfant blessée par le rejet de sa mère, une femme outragée par le peu de cas que font certains hommes d’elle. Apte à la colère, elle a parfois bien du mal à refreiner ses passions. Qualités et défauts, c’est un splendide personnage.

En bref : un petit coup de cœur, qui me marquera longtemps. Un livre de très grande qualité, tant pour la forme que pour le fonds ; écriture, vraisemblance et personnage. Les amateurs de l’Antiquité en seront ravis, les autres découvriront avec je l’espère beaucoup de plaisir toutes ces coutumes d’un autre monde…

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